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INFORMATION SUR LE NUCLEAIRE
Accidents de criticité
Le désastre de – Mayak – 1957 disaster


Voir également: http://fr.wikipedia.org/wiki/Mayak


Russie: Russia challenged by nuclear woes
By Leonid Ragozin

The new boss of Russia’s nuclear industry, Sergei Kiriyenko, has announced ambitious expansion plans which alarm environmentalists worried about continuing radioactive contamination.

This week prosecutors charged the director of Russia’s main nuclear waste processing plant – Mayak in the Urals – with violating safety rules.

Vitaly Sadovnikov is accused of allowing many tons of liquid radioactive waste to be discharged into the River Techa in 2001-2004.

Every time they failed to produce weapons-grade plutonium, they simply discharged it into the river
Gosman Kabirov, Russian environmentalist

In a separate investigation, the former head of Russia’s Federal Agency for Nuclear Energy (Rosatom), Yevgeny Adamov, was arrested in Switzerland last year on corruption charges and extradited to Russia.

 The Mayak plant was also the scene of a major nuclear accident in 1957, when a waste storage facility blew up, releasing 20 million curies of radiation into the atmosphere. The scale of the disaster was kept secret by the Soviet authorities at the time.

Despite that experience, and the 1986 disaster at the Chernobyl plant in Ukraine, the new Rosatom boss believes nuclear power is vital for Russia’s future.

Contamination

Mr Kiriyenko argues that the world’s hydrocarbon resources are in decline and only nuclear power can prevent an acute energy crisis.

Mayak remains the flagship of Russia’s nuclear industry and is still discharging tons of liquid radioactive waste into poorly isolated reservoirs.

The Russian parliament’s environmental committee has recommended that Rosatom move towards halting nuclear waste processing at Mayak.

The committee’s chairman, Vladimir Grachev, has warned that the dams standing between the radioactive water and the Ob river basin may collapse.

 Environmentalists say dangerous waste water has been seeping into the soil for years.
    Gosman Kabirov, an environmental activist who has spent years near the Mayak plant, says “the situation is indeed very dangerous, because the reservoirs have accumulated 1.2bn curies – that is 22 Chernobyls“.

 In January, President Vladimir Putin announced plans to create a network of international centres for uranium enrichment.

 Environmentalists fear that Mayak could play a significant role in that – and want the plant closed.
    But Rosatom’s spokesman Vladimir Novikov told bbcrussian.com that Mayak “theoretically… could be included in these plans“.

 Mr Kiriyenko has approved a project to prevent the waste reservoirs at Mayak overflowing and announced a tender for a comprehensive solution to the plant’s environmental problems.

 Rafail Arutyunyan, deputy director of Russia’s Institute for Nuclear Safety, insists the plant’s current activities “do not increase the environmental risks“.

He warns that “once a facility is decommissioned, the level of attention and scale of work always decrease“.

1957 disaster

When Mayak was built in 1949 under the supervision of Stalin’s secret police chief Lavrenty Beria, nobody worried about the environment.

 “Every time they failed to produce weapons-grade plutonium, they simply discharged it into the river“, Mr Kabirov says.
    Then came the 1957 explosion at 
– and nobody knew how to deal with such an emergency.

Local villagers, soldiers and workers from the plant were mobilised to clear up the mess without any protection. Children from nearby villages had to dig up potatoes with their bare hands in fields still wet from radioactive rain.

 “My wife’s father was one of the first people to die from leukaemia. He was a policeman and had to shoo people away from the River Techa,” Mr Kabirov says.

Some of the villages were evacuated, but others remained as they were, their residents becoming an invaluable resource for Soviet research centres studying the effects of a nuclear war.

In one such centre, specially created in Chelyabinsk, sick people were kept in the same building as cows and pigs from the contaminated area.

‘Guinea pigs’

No similar accidents occurred over the next 50 years, but contamination continued.

Natalia Mironova, leader of the Movement for Nuclear Safety in Chelyabinsk, says that even today plutonium isotopes can be found as far as 400km (250 miles) from the plant.

 Local villagers call themselves “guinea pigs”.
    “One in four children has genetic mutations,” Mr Kabirov says.
    According to Ms Mironova, the occurrence of deformities in new-born babies is twice the national average.

And tragic incidents still occur.
    “In the village of Tatarskaya Karabolka a girl who visited her grandmother on holiday went to wash a carpet in the river. Very soon she developed symptoms of acute leucosis and died“, Ms Mironova said.

Le complexe Mayak 

L’accident nucléaire de Kyshtym est le plus grave de tous ceux qui sont survenus dans l’ex-Union soviétique; ses conséquences sont, à ce jour, les plus importantes au monde. En réalité, il faut le replacer dans l’ensemble des accidents et des dispersions de radioactivité qui se sont produits dans cette région industrialisée de l’Oural – le complexe Mayak – située entre Ekaterinbourg (ex-Sverdlovsk) et Tcheliabinsk. Celui qui s’est produit près de Kyshtym, le 27 septembre 1957, a été le plus dramatique.

 Lorsque Staline décida, au soir d’Hiroshima, de rattraper les Américains dans la course aux armements nucléaires, fort des renseignements que lui avait apportés l’espionnage des travaux menés outre-Atlantique, il put très vite engager un programme permettant de produire avec rapidité et discrétion de nombreuses armes de qualité acceptable. Il ne pouvait mieux choisir, pour superviser l’opération, que le chef du N.K.V.D., Beria, orfèvre en matière de secret, spécialiste de méthodes quelque peu expéditives pour le recrutement. Il sut sélectionner les scientifiques et autres spécialistes indispensables, les installer confortablement dans des cités interdites coupées du monde extérieur, sortes de «goulags de luxe», où ils auraient pour mission de concevoir, définir et réaliser tel ou tel élément des armes. Chaque ville portait le nom d’une ville voisine, accompagné d’un chiffre.

C’est ainsi que Tcheliabinsk 40 et Tcheliabinsk 65, peuplées chacune d’environ cent mille habitants, avaient pour objectif principal la production du plutonium utilisé comme explosif dans les armes. Pour cela, il fallait des réacteurs plutonigènes dans lesquels l’uranium se transforme en plutonium. Six ont fonctionné sur le site de Tcheliabinsk 40, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Kyshtym. Le plutonium produit était extrait dans une usine chimique implantée à Tcheliabinsk 65, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Kyshtym. Dans ce type d’usine, le mélange uranium-plutonium est d’abord extrait des éléments combustibles irradiés à l’aide d’acides très concentrés, puis on sépare le plutonium avec des solvants sélectifs. Il s’agit de procédés à hauts risques: l’agressivité chimique et les risques d’explosion sont inhérents à la nature des produits utilisés et l’intense radioactivité exige des précautions extrêmes pour toute intervention humaine.

Durant les huit premières années, les abondants déchets résultant de ces cycles de traitement ont été déversés directement dans la rivière Tetcha, au mépris total de l’environnement. Les estimations récentes des rejets de cette période, établies en liaison avec les responsables russes, font état d’une activité de 50 millions de curies. À partir de 1952, de nombreux lacs de cette région ont été aménagés soit en bassins de sédimentation pour concentrer les déchets les plus actifs, soit en réservoirs de stockage où ont été déposés des récipients en acier, enfouis dans des cellules en béton recouvertes d’une dalle de 2,5 m d’épaisseur et dotées d’un système de refroidissement indispensable pour évacuer la chaleur dégagée par les déchets radioactifs.

 Le système de refroidissement des cuves de stockage présentait des défaillances dès 1956. Celles-ci provoquèrent la surchauffe du contenu des réservoirs et l’évaporation de l’eau des déchets. Allégés, les réservoirs se mirent à flotter, ce qui entraîna des déformations et des fuites des canalisations qui contaminèrent l’eau qui circulait autour des réservoirs pour les refroidir. Il fallut traiter cette eau dans une installation déjà saturée. On eut alors recours à une procédure de réfrigération intermittente, jusqu’à ce que l’échangeur d’une cuve tombe complètement en panne à l’automne de 1956 et soit laissé à l’abandon; la dernière température mesurée avant l’explosion du 27 septembre 1957 était proche de 350°C. Une étincelle aurait déclenché l’explosion, dont l’énergie a été estimée entre 5 et 70 tonnes d’équivalent T.N.T. Le couvercle en béton de 2,5 m d’épaisseur fut projeté à plus de 25 mètres. La radioactivité alors dispersée a été estimée à 5 millions de curies de 90Sr (cet isotope 90 du strontium, de période 28 ans, qui se comporte dans l’organisme comme le calcium, peut être fixé dans les os par la voie de la chaîne alimentaire), ce qui représente 50% de la radioactivité totale. Chacune des soixante cuves de ce centre de stockage était censée contenir une activité totale de 20 millions de curies (Ci). Plusieurs cuves ont été affectées par l’explosion et leur fuite a contribué à la contamination en 90Sr.

Cet accident est resté secret pendant plus de trente ans. Une surface de 120 kilomètres carrés était le siège d’une activité 90Sr supérieure à 100 Ci/km2 (3,7 millions de Bq/m2) avec à l’intérieur une zone de 5 kilomètres carrés où l’activité dépassait 2.000 Ci/km2, (74 millions de Bq/m2). Les Soviétiques ont décidé d’évacuer une zone de 1.000 kilomètres carrés où vivaient dix mille habitants et où régnait une activité égale ou supérieure à 2 Ci/km2 de 90Sr au sol (74.000 Bq/m2). La région a été interdite et désertifiée: habitants évacués sans le moindre bagage, villages rasés, bétail abattu et enterré sur place. Au total, pour les deux zones de Tcheliabinsk et Ekaterinbourg, la culture a été interdite sur plus de 100.000 hectares et n’a repris actuellement (au moins officiellement) que pour environ la moitié des terres cultivables réhabilitées.

Dans la population, on estime à deux cent cinquante mille le nombre des personnes qui ont été exposées à une dose anormalement élevée, non seulement à cause de l’accident de 1957 mais du simple fait du fonctionnement «normal» du complexe Mayak à proximité duquel elles vivaient. Elles étaient atteintes soit par irradiation externe, soit par ingestion de radioéléments présents dans l’eau ou dans les aliments contaminés. Vingt-huit mille personnes ont été particulièrement exposées et auraient reçu en une dizaine d’années une dose d’environ 200 millisieverts (20 rems). La dose efficace reçue par les habitants d’un des derniers villages évacués, Metlino, sur la rivière Tetcha, a été évaluée à 1,7 Sv, dose à laquelle apparaissent des troubles de santé très sérieux.

Pour les employés, un suivi rétrospectif méticuleux, accompli dans les années 1980, a pu permettre d’avoir une idée des dommages de santé subis par 85% d’entre eux. On constate que les travailleurs du retraitement ont été plus touchés que ceux des réacteurs. Les «maladies chroniques du rayonnement» (euphémisme qui recouvre un certain nombre de troubles associés à un équivalent de dose compris entre 1,5 et 2,5 Sv) affectent une proportion de 5,8% du personnel des réacteurs (avec des doses internes cumulées sur une vie entière de 2,6 Sv) et une proportion de 22,6% du personnel affecté au retraitement (avec des doses externes cumulées de 3,4 Sv). En données très simplifiées, qui ne portent que sur 85% du personnel, on trouve que, statistiquement, la fréquence de mortalité par cancer passe de 4,8% pour une dose moyenne cumulée inférieure à 1 sievert à 8,4% pour une dose moyenne cumulée supérieure à 1 sievert.

La menace pour l’environnement a été estimée par les experts à plus de dix fois celle des rejets de Tchernobyl; elle subsistera encore longtemps, puisque les installations risquent logiquement de se dégrader. Toutes les régions polaires sont aussi menacées puisque la Tetcha, qui appartient au bassin de l’Ob, alimente la mer de Kara. L’équilibre écologique de cette mer est déjà mis en péril par d’autres déchets, provenant soit des explosions nucléaires à buts pacifiques effectuées en Sibérie, soit des essais d’armes en Nouvelle-Zemble, soit encore des épaves de navires nucléaires qui jonchent la mer de Barents.

 C’est le biologiste Z. Medvedev, responsable des études d’effets des radiations ionisantes, qui a dévoilé l’accident de 1957, après avoir fui l’Union soviétique pour les États-Unis. Ces révélations, d’abord accueillies avec scepticisme par les experts américains, furent ensuite confirmées par la C.I.A., notamment lors de survols par des avions de reconnaissance à haute altitude qui allaient provoquer l’ire de Nikita Khrouchtchev et sa riposte par la destruction d’un de ces «U2». Ainsi a été observée la disparition des villages et l’interdiction de certains itinéraires routiers, authentifiant les affirmations de Medvedev et la gravité du désastre.