GAZETTE NUCLEAIRE


G@zette 221/222


Mines d’uranium en France
L’impact radiologique de 50 années d’extraction de l’uranium en France

     Ce texte est extrait de l’article de fond paru dans la revue l’Ecologiste n° 16 de sept. 2005. Il a été rédigé par Bruno Chareyron, responsable du laboratoire de la CRIIRAD


En France, environ 200 sites d’extraction d’uranium ont été exploités sur 25 départements (cf. carte ci-contre). Plus de 70.000 tonnes d’uranium ont été extraites entre 1946 et 2001. Les principaux gisements se situaient dans le Limousin, le Forez, la Vendée, la Lozère et l’Hérault.

     En fonction de la profondeur du gisement, le minerai d’uranium était extrait par carrières à ciel ouvert ou par galeries souterraines. Dans tous les cas, l’accès au filon a nécessité l’extraction préalable de roches plus ou moins radioactives appelées stériles (typiquement 10 tonnes de stériles pour une tonne de minerai dans le cas des mines à ciel ouvert et une tonne pour une tonne dans le cas des travaux souterrains). Ces travaux ont favorisé les émanations de poussières radioactives, de radon (gaz radioactif) et la contamination des eaux circulant sur des roches fraçturées, dans les galeries de mines, etc. Si des précautions drastiques ne sont pas prises, l’exploitation de l’uranium ne peut que conduire à augmenter le niveau de radioactivité de la biosphère. Tous les milieux peuvent être touchés (air, sol, eau, faune, flore).

     Sur tous les sites miniers qu’elle a contrôlés, la CRIIRAD a pu constater que l’exploitation de l’uranium a entraîné une contamination très significative de l’environnement, une violation des principes internationaux de radioprotection. Il en découle des expositions aux rayonnements ionisants qui conduisent presque systématiquement à des risques de cancer «non négligeables» (au sens de la directive Euratom de mai 1996, soit une dose efficace ajoutée supérieure à 10 microSieverts par an) et dans de nombreux cas à des risques inacceptables (dose efficace ajoutée supérieure à 1.000 microSieverts par an).

     Cet impact, manifeste pendant l’exploitation des installations (mines et carrières, usines d’extraction de l’uranium) est également très significatif après cessation de l’exploitation et «réaménagement» des sites.

     Il est dû à la dispersion de matériaux radioactifs solides, à l’insuffisance du traitement des eaux contaminées, à la réutilisation de ferrailles contaminées, au manque de confinement des résidus radioactifs, aux émanations de gaz radioactif, le radon 222, etc…

Départements concernés par l’exploitation des mines d’uranium
et la présence de déchets radioactifs uranifères

Chaînes radioactives : famille de l’uranium 238

RadioélémentsMode de désintégrationPériode de radioactivité
Uranium 238alpha4,5.109 ans
Thorium 234beta24 jours
Protactinium 234mbeta1,2 minute
Uranium 234alpha2,5.105 ans
Thorium 230alpha7,5.104 ans
Radium 226alpha1,6.103 an
Radon 222alpha3,8 jours
Polonium 218alpha3 minutes
Plomb 214beta27 minutes
Bismuth 214beta20 minutes
Polonium 214alpha1,6.10-4 secondes
Plomb 210beta22,3 ans
Bismuth 210beta5 jours
Polonium 210alpha138,5 jours
Plomb 206stable

Repères

L’activité de l’uranium 238 est en moyenne de 40 Becquerels par kilogramme (Bq/kg) dans l’écorce terrestre, 200 Bq/kg dans un granite classique et de l’ordre de 25.000 Bq/kg dans un minerai dont la teneur en uranium est de 0,2%.

     Dans les roches naturelles, l’uranium 238 est dit en «équilibre séculaire» c’est-à-dire que ses 13 descendants radioactifs (thorium 234, uranium 234, thorium 230, radium 226, radon 222, plomb 210, polonium 210, etc…) ont la même activité que lui (voir chaîne de désintégration ci-contre). Ainsi un kilogramme de minerai contenant 25.000 Becquerels d’uranium 238 a une radioactivité totale de 14 fois ce chiffre soit 350.000 Bq/kg (à laquelle il faut ajouter l’activité d’autres radionucléides naturels: l’uranium 235, le thorium 232 et leurs descendants ainsi que le potassium 40).

     L’extraction du minerai uranifère puis de l’uranium conduit à manipuler  des  substances radioactives qui ont des caractéristiques très pénalisantes en termes de radioprotection:
     · Il s’agit de radionucléides à très longue période physique. La période physique de l’uranium 238 étant de 4,5 milliards d’années, la radioactivité des roches et déchets uranifères ne décroît quasiment pas à l’échelle humaine.

     · Certains des descendants de l’uranium 238 (plomb 210 et polonium 210) figurent parmi les radionucléides les plus radiotoxiques par ingestion (radiotoxicité[1] égale ou supérieure à celle du plutonium 239).

     · Certains des descendants de l’uranium 238 (thorium 230) figurent parmi les radionucléides les plus radiotoxiques par inhalation (radiotoxicité[l] égale ou supérieure à celle du’ plutonium 239).


1. Par exemple, pour un adulte, l’ingestion de 1 Becquerel de polonium 210 entraîne une
exposition interne de 1,2 microSieverts, soit une exposition supérieure à celle induite par l’ingestion de 1 Becquerel de plutonium 239: 0,25 microSieverts (Arrêté du 1er septembre 2003 définissant les modalités de calcul des doses efficaces et des doses équivalentes résultant de l’exposition des personnes aux rayonnements ionisants). En revanche, l’activité spécifique du plutonium 239 (c’est-à-dire le nombre de becquerels par unité de masse) est plus de 100.000 fois supérieure à celle de l’uranium 238.


 L’uranium 238 émet des rayonnements alpha; ses descendants radioactifs émettent selon leur nature des rayonnements alpha ou bêta accompagnés parfois de rayonnements gamma. La manipulation du minerai d’uranium et des déchets associés conduit à subir une irradiation par tous ces rayonnements.

     Tant que le minerai est sous plusieurs mètres de terre, les risques d’irradiation directe à la surface du sol sont quaFFCC99siment nuls. La situation est très différente lorsque le minerai est remonté au jour.

     Les rayonnements alpha de l’uranium peuvent parcourir 2,5 centimètres dans l’air et sont arrêtés par l’équivalent d’une feuille de papier à cigarette (parcours de 30 microns dans l’eau).

     Les rayonnements bêta les plus énergétiques peuvent parcourir plusieurs mètres dans l’air, mais sont arrêtés par une feuille d’aluminium de 2 millimètres d’épaisseur.

Les rayonnements gamma qui sont on réalité des ondes électromagnétiques très pénétrantes peuvent parcourir des dizaines de mètres dans l’air (120 mètres et plus pour certains rayonnements frès énergétiques associés au plomb et au bismuth 214, descendants de l’uranium). C’est pourquoi il est possible de détecter des filons d’uranium affleurants au moyen de sondes embarquées sur hélicoptère. Par contre, il suffit de quelques centimètres de terre pour diviser le rayonnement par 2. Un mètre de terre le diviserait par un facteur supérieur à 100 fois.


Comment tricher avec les limites fixées pour les rejets de produits radioactifs?

     Dans les bulletins d’information qu’elle diffuse, la Cogéma compare systématiquement l’activité mesurée dans les cours d’eau (Couze, Ritord…) à la limite réglementaire de 0,37 Bq/l. Or cette limite est fixée pour les rejets eux-mêmes avant leur dilution dans les cours d’eaux.

Cet histogramme a été conçu pour induire les lecteurs en erreur en laissant penser que les limites réglementaires sont respectées. Le plus choquant n’est pas que Cogéma utilise de tels artifices, mais plutôt que l’administration de contrôle n’y trouve rien à redire.


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