IN AMGUEL


1er mai 1962
mise à jour 2010


Le 1er mai 1962, il faisait un temps admirable à In Amguel. Mais  il fait généralement beau dans ce coin perdu du Hoggar, près du  Bordj In EKER à environ 150 km au nord de TAMANRASSET, et les levers de soleil sur le Hoggar sont inoubliables.

     Donc ce jour, il y avait beaucoup de monde au poste de commandement de tir, tout plein d’officiels dont MESSMER le Ministre des Armées de l’époque, PALEWSKI, des tas de généraux et d’officiers supérieurs. Les jeeps, 4 x 4 et autres 6 x 6, avaient amené de pleins chargements de barrettes et de galons.

La gendarmerie avait assuré le ravitaillement en bière car il fera chaud vers 10 ou 11 heures. Personne n’avait voulu rater le spectacle car le premier tir qui avait eu lieu peu avant avait permis de jouir d’un spectacle surprenant: au moment de l’explosion – j’allais oublier de vous dire qu’il s’agit du site d’expérimentation nucléaire du Sahara, site distinct de celui de REGGANE où furent effectués les premiers essais aériens – la montagne se secoue de sa poussière et les roches apparaissent avec leurs couleurs naturelles.

La météo avait bien donné un avis défavorable mais «on» était passé outre, avec de nombreuses raisons: le 1er tir avait été parfaitement confiné et de plus toutes

les huiles étaient présentes… alors…
     Vers 10 h du matin: feu. Tout d’abord une secousse, la montagne tressaute – le pauvre TAOURIRT TAN AFELLA n’avait pourtant rien demandé à personne – et puis, que voit-on, un inquiétant nuage noir qui sort.

Mais ce n’était pas prévu – panique à bord – on ferme les fenêtres du poste de commandement, pour cela il faut débrancher voire couper tous les câbles qui passent par là. Et puis les équipement ne sont pas complets: il y a ceux qui ont la combinaison mais pas le masque, ceux qui ont le masque mais pas les cartouches filtrantes…

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  Alors ce fut la débâcle, le retour à la course vers les parkings, à qui arriverait le premier à un véhicule pour se sauver, sans attendre que les autres passagers du voyage aller ne soient arrivés. Pour les bidasses qui étaient trop jeunes pour avoir connu 1940, cela leur a permis de comprendre comment certains étaient arrivés les premiers à Bordeaux !! A l’entrée de la base-vie d’In Amguel, cordon sanitaire, décontamination, douche avec décapage au savon dermacide – au teepool pour les bidasses, Messmer à poil, donc non identifiable (!!) réclamant énergiquement un pantalon et se faisant rabrouer par un gus du service de santé qui n’avait pas reconnu son ministre… Le grand cirque !! Ouf, plus de peur que de mal. Après un bon gueuleton au mess, tout ce beau monde rentre sur Paris et c’est fini.

     Fini pour qui?
     Etait-ce fini pour tous ceux qui sont restés jusqu’à la fin de l’évacuation du point zéro, car il y a quand même eu quelques militaires de carrière qui sont restés pour assurer l’évacuation de leurs hommes. Comme les films dosimètres, y compris de ceux qui étaient partis les premiers, étaient saturés à 20 Rad, on ne peut que supposer qu’ils ont pris un minimum de 20 Rad.

     Etait-ce fini pour les patrouilles qui bouclaient le périmètre?

     Pour eux ce fut plus dur. Ils étaient sans liaison radio, en poste au pied de la montagne, largués en pleine nature sous le soleil du Sahara et sous le nuage radioactif. Vous en avez vu et entendu deux témoigner à l’émission de Polak le 7 septembre. Eh oui, quand un bidasse français s’ennuie et ne sait quoi faire, comment s’occupe-t-il? Il mange! Certaines patrouilles ont cherché à rejoindre la route par laquelle ils étaient venus et pour celà, ils remontèrent le nuage. Les plus prudents portaient leur masque ce qui les sauva sûrement.

Certains furent suffisament contaminés par du sable s’infiltrant dans les vêtements et se collant à la ceinture pour qu’ils aient l’apparition de taches de rousseur – ce qui correspond, localement, à plusieurs centaines de Rad -. Combien étaient-ils au total, combien de patrouilles? Les plus touchés furent évacués le soir même sur Alger, les autres furent rapatriés huit jours plus tard et mis en observation à l’hôpital PERCY où la Maréchal Leclerc vint gentiment leur tenir la patte.

     Mais était-ce fini pour les trouffions du génie, pour ceux du 621e GAS (Groupe d’Armes Spéciales)… qui durent travailler ensuite sur le site pour dégager l’accès de la galerie. Et ces gars qui conduisaient en plein soleil les balayeuses pour enlever les débris de lave sur la route d’accès à la galerie…


suite:
     Et encore, nous ne comptons pas les gens de la D.A.M. <Direction des Applications Militaires du CEA>, maîtres d’oeuvre de la manip et qui ont pris aussi leur ration. Pour eux la situation est relativement plus claire, en ce sens qu’ils sont suivis médicalement par le CEA et que, grâce aux sections syndicales, ils pourront de leur vivant ou post mortem essayer de se faire reconnaître en accident du travail et ainsi essayer de permettre à leur veuve de toucher une pension – essayer car même là c’est dur à obtenir. Mais pour les trouffions du contingent, qu’en est-il? Rien. Les dossiers médicaux militaires, lorsqu’ils existent, sont confidentiels, secrets, qui sait, “confidentiel défense”, combien de ces militaires n’ont même pas subi une hémato (numérotation globulaire) ni après l’accident, ni au moment de leur visite de démobilisation.

     Il faut bien dire que l’armée est d’une discrétion extrême. Les missions de prélèvement pour surveillance qui se faisaient par la suite à TAMANRASSET, à Fort POLIGNAC et jusqu’à DJANET (oui jusqu’à la pointe de la frontière lybienne, à environ 450 km de là) n’ont jamais porté que sur l’eau de la fontaine, sur des feuilles de caliotropis (que nos galonnés appelaient «l’arbre à couilles») ou des branches de tamaris, mais jamais sur les bidasses des garnisons – il ne fallait sûrement pas les inquiéter – et encore moins sur les PLO, prononcez «pelos», sigle bien de chez nous pour désigner les Populations Locales des Oasis (à Reggan c’était les PLBTpopulation locales du Bas Tohat). Pourtant ces PLO représentaient un groupe à risque puisqu’ils servaient pour toutes les basses besognes sur la base, pour les travaux de terrassement … comme les polynésiens aujourd’hui.

Il serait intéressant que tous les gens qui se sont trouvés à Im Amguel le 1er mai 1952 ainsi que les mois suivants, nous contactent afin que l’on puisse établir, avec des médecins, un état de santé, que l’on puisse faire un bilan des effets dus à la stupidité de nos nécrocrates.

     Tiens, une dernière question, le TAN AFELLA est-il au programme des randonnées sahariennes de quelque agence de voyage? Cela mettrait du piment pour les amateurs d’émotions fortes, car cela doit encore crachoter dans le secteur…


Plan de situation

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Quelques liens installés en 2010:
Sur la Gazette Nucléairel’accès aux archives sera-t-il possible?
Algérie: Des déchets radioactifs à l’air libre et sur resosol
http://www.jp-petit.org/
http://fr.wikipedia.org/
Le rapport de la commission du Sénat
Irradié pour la France
Les vétérans du nucléaire s’organisent
Essais nucléaires: «50 ans après, on ne sait toujours rien»
Essais nucléaires français
Appelé du contingent 64 1/B
Informations AVEN concernant les essais nucléaires Français
Algérie, la bombe atomique en héritage
Film Arte 2010: «Vive la bombe!» dénonce les mensonges français dans le Sahara
Film France 2 en… 1962: Retour sur un épisode noir de l’histoire nucléaire française
Les damnés de Reggane racontent: 50 ans sur cette terre maudite
La France assassine
Underground Algerian Tests (tableau en bas de page)


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