RÉSEAU SOL(ID)AIRE DES ÉNERGIES !

Débat problématique énergétique / effet de serre / climat, etc.


NUCLEAIRE
Allemagne:
1/ Polémique sur l’impact du nucléaire (cancers)
2/ Le nombre de leucémies chez les enfants qui ont grandi près des sites nucléaires
est supérieur à la moyenne
3/ Le réseau Sortir du nucléaire réclame une étude sur le risque de cancer près des centrales
ADIT, décembre 2007


L’émotion est grande en Allemagne depuis la parution d’une étude affirmant que le risque que les enfants développent un cancer à proximité d’une centrale nucléaire est élevé. Les experts s’affrontent sur la question. Le ministre de l’environnement a commandé une contre-enquête.

     Depuis la parution d’une étude en Allemagne qui établit un risque de cancers chez les enfants vivant à proximité de centrales nucléaires, la polémique enfle en Allemagne. Révélée le 8 décembre dernier par le quotidien Süddeutsche Zeitung, cette étude «statistiquement significative», selon les auteurs, a été réalisée par des chercheurs de l’université de Mayence pour le compte de l’Office fédéral de protection contre les rayonnements.

     Les chercheurs ont analysé des données épidémiologiques couvrant la période comprise entre 1980 et 2003. Parmi les enfants de moins de 5 ans ayant grandi dans un rayon de 5 kilomètres autour de l’un des 16 réacteurs allemands, 77 d’entre eux étaient atteints de cancer, dont 37 de leucémie. Or en rapportant la moyenne nationale à ces zones, 48 cancers infantiles étaient attendus dont 17 cas de leucémie. Un membre du comité d’experts ayant encadré l’étude affirme que le risque de cancer infantile reste supérieur jusqu’à un rayon de 50 kilomètres autour de la centrale.

     Les Verts, des représentants du SPD et des organisations environnementales profitent de l’étude pour relancer le débat sur la sortie du nucléaire. Le ministre de l’environnement allemand, Sigmar Gabriel, a chargé la commission de protection contre les rayonnements –qui dépend de son ministère– d’enquêter sur la question. En France, le réseau Sortir du nucléaire réclame une telle enquête.

     Mais des doutes subsistent sur la corrélation entre centrale nucléaire et cancer infantile. Le chef de l’Office fédéral de protection contre les rayonnements accuse son service d’avoir fait cavalier seul dans l’interprétation de l’étude. Il a lui aussi demandé à un comité d’experts externe de plancher sur la question, et ce dernier affirme que le nombre de cas devrait être multiplié par 1.000 pour que ce lien soit réellement significatif.

     Il reste quoi qu’il en soit à déterminer les causes de l’augmentation de cancers, car l’étude indique seulement que le risque est plus élevé à proximité d’une centrale. Certains auteurs de l’étude expliquent le phénomène par la présence en nombre de lignes à haute tension à proximité; d’autres par le mode de vie des familles, vivant à proximité, et censées être plus défavorisées socialement; en outre, ces centrales sont souvent installées en zone rurale, où les pesticides sont fréquemment utilisés. Bref, si le lien est prouvé, c’est l’environnement des centrales –qu’elles soient nucléaires ou non – qui pourrait être en cause.

  Selon une étude allemande qui laisse perplexes même les adversaires de l’énergie atomique, le risque de leucémie augmenterait de façon «statistiquement significative» chez les enfants vivant près de centrales nucléaires. Des résultats qui tranchent avec toutes les études menées dans les pays voisins et pour lesquels aucune explication scientifique n’a pour l’instant pu être avancée. Le ministre allemand de l’Environnement, Sigmar Gabriel, lui-même partisan de la fermeture des centrales nucléaires, s’est montré sceptique et a souhaité une évaluation.

     Sur la méthode et la rigueur de l’étude statistique, réalisée par l’Université de Mayence pour le compte de l’Office fédéral allemand de protection contre les rayonnements, aucun reproche n’a pu être formulé. Mais c’est sur les conséquences à en tirer que les spécialistes s’interrogent, alors que les auteurs de l’étude eux-mêmes sont dubitatifs quant à une relation entre radiations et risques de leucémie. «Il y a des indices, mais il n’y a pas de preuves», a résumé pour sa part le président de l’Office fédéral, Wolfram König.

     L’étude épidémiologique porte sur les années 1980 à 2003. Elle a recensé, dans un rayon de cinq kilomètres autour des 16 centrales nucléaires allemandes, 77 cas de cancer chez de jeunes enfants durant cette période, alors que, selon la moyenne nationale, on aurait dû en trouver 48. Soit une augmentation de 60%. Pour la leucémie uniquement, le nombre de cas est de 37, contre 17 en moyenne nationale.

     «Notre étude a démontré qu’en Allemagne il y a une corrélation entre le risque de cancer (respectivement de leucémie) chez les jeunes enfants de moins de 5 ans et la proximité d’une centrale nucléaire», dit l’étude. Selon un des 12 experts, le risque est supérieur à la normale dans un rayon de 50 kilomètres. Et plus la proximité est grande, plus celui-ci augmente.
     Mais, pour les auteurs de l’étude, extrêmement prudents, corrélation ne veut pas dire causalité. D’autant plus que, par exemple, autour des centrales on n’a pas recensé davantage de tumeurs du cerveau qu’ailleurs, voire moins.

     L’étude statistique portant sur une longue période, les auteurs n’ont d’ailleurs pas pu prendre en compte le niveau de radioactivité autour des sites ou celui des malades. On ne peut donc pas conclure à un risque plus élevé dû aux radiations. Le ministre de l’Environnement a pour sa part affirmé que, compte tenu de l’état des connaissances scientifiques actuelles, on ne pouvait pas expliquer les résultats par la radioactivité des centrales.

     «L’exposition de la population à la radioactivité des installations nucléaires devrait être mille fois plus élevée pour expliquer l’augmentation des risques de cancer observée», selon lui.

     Le président de la Commission de protection des radiations, Wolfgang-Ulrich Müller, a lui aussi exprimé ses doutes. «Ce serait la première fois dans le monde que des conséquences cancérigènes seraient prouvées dans une zone où les doses de radioactivité sont extrêmement basses», a-t-il confié à la Frankfurter Rundschau.

     En Suisse, le porte-parole de la Division principale de la sécurité des installations nucléaires (DSN) a déclaré à l’ATS que l’on ne pouvait en tirer des conclusions pour la Suisse. La DSN réclame depuis des années un registre des cancers autour des centrales. Les données récoltées entre 1969 et 1998 autour de celles de Beznau et Gösgen ne montrent aucune hausse de la mortalité dans ces régions.

     Alors, comment expliquer les résultats allemands? Hasard des statistiques, autres causes biologiques? «Pour beaucoup d’argent dépensé, l’étude n’a pas apporté de grands résultats», admet Maria Blettner, responsable de l’étude.


Le réseau Sortir du nucléaire réclame une étude sur le risque de cancer près des centrales

LEMONDE.FR avec AFP | 13.12
     Le réseau Sortir du nucléaire, formé par près de 800 associations de France et d’Europe, a demandé, jeudi 13 décembre, dans une lettre au président de la République, aux ministres de l’écologie et de la santé, que soit diligentée une étude comparable à celle ayant révélé en Allemagne un risque de cancer accru près des centrales nucléaires.

     Selon cette étude de l’Office fédéral allemand de protection contre les radiations, révélée samedi 8 décembre par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, le risque de leucémie augmente de façon “statistiquement significative” chez les enfants de moins de 5 ans résidant à moins de 5 km d’une centrale nucléaire. Dans ces zones, les auteurs ont comparé le nombre d’enfants atteint d’un cancer au nombre d’enfants sains, résultat qu’ils ont ensuite comparé à la fréquence des cancers infantiles au niveau national: 37 cas de leucémies ont été dénombrés dans ces zones, au lieu de 17 sur le plan national, soit 117% de plus que la normale.

 En dehors des leucémies, le nombre de cancers infantiles est dans ces zones 60 % plus élevé que dans le reste du pays. (voir Le Monde du 12 décembre).

“FAIRE APPARAÎTRE LA TRISTE RÉALITÉ”

     Dans sa lettre au chef de l’Etat et aux ministres de l’écologie et de la santé, Sortir du nucléaire souhaite que cette étude soit “mise en œuvre de toute urgence” en France et qu’elle soit “confiée à des organismes totalement indépendants de l’industrie nucléaire et de ses appendices (IRSN, Autorité de sûreté nucléaire, ministère de l’industrie, etc.)“.

Par ailleurs, souligne le réseau, l’étude “doit englober l’ensemble des installations nucléaires françaises, y compris celles qui sont en cours de démantèlement”.

     “Un des aspects les plus immoraux du nucléaire est qu’il est quasiment impossible d’apporter la preuve directe qu’un cancer est causé par les rejets d’une installation ou d’une centrale (…) mais des études statistiques sérieuses sont susceptibles de faire apparaître la triste réalité“, estime Sortir du nucléaire.


Les leucémies infantiles plus fréquentes près des centrales nucléaires

LE MONDE | 11.12.07
     Le risque de leucémie augmente de façon “statistiquement significative” chez les enfants vivant près des centrales nucléaires, selon une étude réalisée pour le compte de l’Office fédéral allemand de protection contre les rayonnements.

     Cette étude, rendue publique le 8 décembre par le quotidien Süddeutsche Zeitung, a été réalisée par des chercheurs de l’université de Mayence à partir de données épidémiologiques couvrant la période 1980-2003. Parmi les enfants de moins de cinq ans ayant grandi dans un rayon de 5 km autour de l’un des 16 réacteurs allemands, 37 cas de cancer du sang ont été répertoriés, au lieu des 17 attendus en rapportant la moyenne nationale à ces zones. Soit un surcroît de 117%.

     Plus la proximité avec une centrale est grande et plus le risque de cancer infantile est élevé, ajoute l’étude, qui précise que ce risque reste supérieur dans un périmètre de 50 km.

     Ces résultats retiennent d’autant plus l’attention qu’ils tranchent avec la plupart des enquêtes déjà menées, dans plusieurs pays, sur ce sujet. “La majorité des études multi-sites ont conclu à une absence d’augmentation de la fréquence des leucémies au voisinage d’une installation nucléaire“, souligne Dominique Laurier, expert en épidémiologie des rayonnements ionisants à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français.

INTERPRÉTATION DÉLICATE
     Une corrélation statistique a pourtant été établie pour des sites nucléaires particuliers. En Angleterre, un doublement du risque de leucémie a été mis en évidence chez les enfants des employés de l’usine de retraitement de Sellafield.

     En France, une incidence 6 fois supérieure à la “norme” a été observée, chez les enfants de 5 à 9 ans, dans un rayon de 10 km autour de l’usine de retraitement de La Hague (Manche).

  L’interprétation de ces résultats reste délicate, un lien statistique ne signifiant pas un lien de causalité. Plusieurs hypothèses ont été avancées.

     Celle d’une exposition du père à des rayonnements ionisants a été écartée. Celle du brassage de populations autour des grands chantiers nucléaires, favorisant la transmission de virus – certaines leucémies sont d’origine infectieuse – reste à démontrer. Les épidémiologistes invoquent aussi le “hasard” des agrégats statistiques.

     De façon générale, observe Dominique Laurier, l’origine d’une leucémie reste le plus souvent inexpliquée: “Sur les quelque 450 cas infantiles déclarés chaque année en France, la cause est très peu souvent connue.”

     Cette étude relance en Allemagne le débat sur la sortie du nucléaire. Les Verts et le parti de gauche Die Linke, tous deux dans l’opposition, ont exigé une fermeture anticipée des centrales. Les unions chrétiennes CDU-CSU, favorables à un allongement de la durée d’activité des réacteurs nucléaires, ont mis en garde contre des conclusions trop hâtives. De même, le ministre de l’environnement, Sigmar Gabriel (SPD), s’est montré prudent. Il a annoncé qu’il allait faire procéder à un examen précis de ces résultats. Selon M. Gabriel, une augmentation du nombre de cancers chez les enfants ne peut pas être provoquée par la radioactivité issue d’une centrale.

     En 2000, le précédent gouvernement SPD Verts avait décidé de mettre fin à l’activité des centrales d’ici à 2021. Faute d’avoir pu trouver un compromis, CDU-CSU et SPD, qui gouvernent ensemble depuis 2005, avaient convenu lors des négociations de coalition de ne pas toucher à cet accord.

Pierre Le Hir et Cécile Calla (à Berlin)