COMMISSION RÉGIONALE INDÉPENDANTE D’INFORMATION SUR LA RADIOACTIVITÉ


La CRII-Rad
     Siège social: 8, rue Louise Gemard, 26200 Montélimar. Présentation du dossier. Voici nos amis biologistes dans la bagarre. Nous vous présentons leur dossier. Aidez-les, ils en ont besoin. Faites-leur faire des mesures. Envoyez-leur des gens, de l’argent.

La CRII-Rad: bilan et perspectives
     La CRI I-Rad a démontré, ce qui a été longtemps nié par les pouvoirs publics, que la France et en particulier le Sud-Est, a été contaminé par des radioéléments en provenance de la Centrale nucléaire de Tchernobyl.

     De très nombreux citoyens ont été choqués par le fait que l’information officielle sur les conséquences en France de l’accident de Tchernobyl ait fait cruellement défaut. La CRII-Rad prétend avoir contribué à rétablir une situation plus normale.

     Environ 200 échantillons de produits végétaux et animaux, ainsi que de l’eau et de la terre ont été analysés pour la CRII-Rad au laboratoire de Physique Nucléaire de Lyon, et les résultats présentés au public au fur et à mesure. Ces produits provenaient tous du Sud-Est du pays et de la Corse. A quelques exceptions près, les résultats ont confirmé une contamination non négligeable de toute la chaîne alimentaire. Le dossier scientifique de la CRII-Rad vient d’être rendu public. L’administration n’a jusqu’à ce jour pu fournir aucun document apportant la preuve de l’inexactitude des chiffres présentés par la CRII-Rad. Elle s’est contentée jusqu’à présent de communiqués laconiques et souvent contradictoires. Aux dernières nouvelles, le S.C.P.R.I. confirmerait les chiffres de la CRII-Rad.

     En ce qui concerne les normes, devant l’invraisemblable imbroglio qui fait la joie des experts et le désespoir du consommateur, la CRII-Rad refuse d’entrer dans la querelle qui mène à une impasse. Elle considère qu’il en va de la radioactivité artificielle comme de la consommation du tabac: aucun seuil de toxicité minimale n’existe réellement. Elle demande aux pouvoirs publics de fournir le taux de contamination des différents produits alimentaires ainsi que les normes utilisées par les pays industrialisés. C’est au consommateur et à lui seul qu’il appartient de décider s’il prend le risque de consommer tel produit ou de le refuser.


suite:
     Actuellement les normes fournies par les pouvoirs publics sont totalement inutilisables; ils ne tiennent compte ni de l’âge, ni du sexe et ne fournissent pas les Limites Maximales Admissibles (L.M.A.) annuelles pour chaque élément.

     En ce qui concerne les normes de la Communauté Européenne, que le SCPRI semble vouloir écarter désormais, ces normes posent de toute façon un problème économique. Reprenons les affirmations de Monsieur Tanguy, Inspecteur Général pour la Sûreté et la Sécurité à EDF (dans COGEMA Magazine 86): «en cas de préjudice causé à l’environnement, l’agriculture notamment, des systèmes d’assurance sont prévus et permettraient de verser des indemnités aux personnes lésées.» La CRII-Rad demande dès à présent la communication de tous les systèmes d’assurances responsabilité civile sur le plan national et international.

     La CRII-Rad rappelle son objectif prioritaire: la mise en place d’un laboratoire indépendant des pouvoirs publics et des exploitants du nucléaire. En attendant, elle poursuivra son étude de la contamination de notre région (accident de Tchernobyl et fonctionnement des installations nucléaires). Elle continuera à informer la population par tous les moyens légaux, et entend mener à bien son rôle d’aiguillon par rapport à l’information officielle.

Pièces jointes:
1. Historique de l’action de la CRII-Rad,
2. Dossier scientifique sur le travail réalisé au laboratoire de physique nucléaire de Lyon,
3. Le devenir des radioéléments,
4. La responsabilité des pouvoirs publics,
5. A propos de la contamination du thym: mise au point définitive de la CRII-Rad,
6. A propos des normes: la position de la CRII-Rad,
7. Groupe médical.

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(suite)


Création de la CRII-Rad
Historique

     29 avril 1986 – Un groupe de citoyens de la Drôme et de l’Ardèche, sensibilisés depuis longtemps aux problèmes de l’énergie nucléaire, se concertent: ils viennent d’être informés par des correspondants étrangers de l’accident de Tchernobyl. Ils décident de rechercher des informations et à leur tour d’en informer le public.

     30 avril – Intervention à l’antenne de Radio-France Drôme.
     1er mai – Intervention au cours d’une manifestation sportive à proximité de Montélimar.

     2, 3 et 4 mai – Prélèvements d’eau de pluie. Avec un compteur geiger, il est constaté une augmentation de la radioactivité de l’eau de pluie, ainsi que de l’activité ambiante. Demande d’un rendez-vous au Maire de Montélimar.

     6 et 7 mai – Lecture de la presse étrangère dont les communiqués font état de retombées radioactives et de recommandations au public. Prélèvements de lait, de salades, de terre de mousse. Contact avec laboratoires de l’INRA et chambre d’agriculture, pour analyser des légumes à l’exportation. Contacts avec la préfecture du Vaucluse et les services de la protection civile de la Drôme.

     9 mai  – Le Laboratoire de Physique Nucléaire de Lyon analyse les échantillons prélevés les 2, 3, 4, 6 et 7 mai. Au vu des résultats, le Directeur du laboratoire prévient la presse et fait une déclaration qui sera diffusée à France-Inter le 10 mai.

     10 mai – Entrevue avec le Sénateur-Maire de Montélimar; demande de contrôle de thyroïde pour les enfants ayant séjourné sous la pluie. Sans suite.

     12 mai – Conférence de presse à Avignon.
     14 mai – Deux futurs membres de la CRII-Rad assistent en auditeurs libres à la réunion de la Commission sur les Installations Energétiques en Préfecture de Valence. Intervention «sauvage» et production des résultats d’analyses faites à Lyon, seul document écrit remis ce jour-là à la Commission officielle.

     15 mai – Première réunion publique au Teil d’Ardèche. Une centaine de personnes décident de créer une structure indépendante, la CRII-Rad.

     Du 16 au 21 mai – Communiqués à la presse locale et interventions sur toutes les radios locales concernant la contamination radioactive de la région.

     22 mai – Deuxième réunion publique, la première à Montélimar. 400 personnes environ. Un médecin (médecine nucléaire) et un physicien nucléaire sont intervenants.

     28 mai – Conférence de Presse de la CRII-Rad à Valence. Propositions pour l’information du public, pour la protection civile des populations. Dépôt des statuts en préfecture.

     1er juin – Réunion publique à Pont de Barret (Drôme) en présence de deux maires et d’un Conseiller Général.

     2 juin – Intervention de la CRII-Rad à une réunion publique organisée par la Mairie du Teil, avec le directeur de la Centrale nucléaire de Cruas, comme intervenant.

     5 juin – Nouvelles analyses sur divers produits agricoles de la Drôme, de l’Ardèche et du Vaucluse. A compter de cette date, des analyses seront réalisées chaque semaine par le laboratoire de Physique Nucléaire de Lyon pour le compte de la CRII-Rad.

     12 juin – Interventions dans la presse suite à la réunion de la Commission Officielle sur la centrale de Cruas, en Préfecture de l’Ardèche. Comme pour la Drôme, la demande de membres CRII-Rad de faire partie de la Commission se heurte à un refus.

     13 juin – Réunion publique et conférence de presse à Romans (Drôme).

     16 juin – Réunion publique de la CRII-Rad à Montélimar (250 personnes) avec le Dr Manette Gerber, chercheur à l’INSERM et un grand nombre de membres des professions de santé qui avaient été spécialement invités.

     18 juin – Intervention à Radio-France Drôme à Valence. Demande écrite d’audience au Président du Conseil Général. Cet appel (du 18 juin…) restera lettre morte. Le soir, réunion publique de la CRII-Rad à Aubenas (Ardèche).


suite:
     19 juin – Participation à une coordination à Cavaillon (Vaucluse).

     20 juin – Participation comme intervenant à une réunion-débat à Carpentras (Vaucluse).

     23 juin – Réunion publique de la CRII-Rad à Crest (Drôme) et à la PALUD (Vaucluse).

     24 juin – Réunion publique de la CRII-Rad à Valence avec un physicien de radio-protection.

     26 juin – Conférence de presse de la CRII-Rad à Lyon avec la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature).

    29 juin – Participation de la CRII-Rad et tenue d’un stand à Caumont (Vaucluse) au cours d’une journée d’information organisée par le Collectif  Tchernobyl. Un autre stand était tenu à la Foire d’Aubenas (Ardèche).

     5 juillet – Intervention auprès des exposants lors du Congrès des Plantes Aromatiques et Médicinales à la Garde-Adhémar (Drôme).


     8 juillet – La CRII-Rad est reçue par la direction d’Eurodif.
     10 juillet – Visite à la COGEMA.

     11 juillet – Réunion avec des élus locaux à la Mairie de Pierrelatte. La CRII-Rad propose aux élus une participation des communes et du Conseil Général au laboratoire indépendant qu’elle entend créer rapidement.

     17 juillet – Participation à des prélèvements de plantes aromatiques aux fins d’analyses contradictoires, entre le Service de la Répression des Fraudes, le CEA et la CRII-Rad avec l’accord des producteurs. Intervention de la CRII-Rad sur TF1 et Ant2.

     18 et 19 juillet – La CRII-Rad participe à des réunions d’information en Corse. A partir de ce jour, la presse nationale parle des analyses de la CRII-Rad. Le principe des analyses contradictoires obligera les pouvoirs publics à reconnaître le bien fondé des mesures de la CRII-Rad ainsi que l’exactitude de ses résultats.

     25 juillet – Remise des résultats des analyses contradictoires au producteur de plantes médicinales. Les courbes fournies par la CRII-Rad sont les seules fournies à ce jour
au producteur.

(à suivre)

Le devenir des radioéléments
     Les radioéléments les plus importants qui ont contaminé l’Europe de l’Ouest après l’accident de Tchernobyl – Iode 131, Cesium 134 et 137, Ruthénium 103 et 106, Strontium 90 – sont des produits artificiels inconnus dans le milieu naturel. La demi-vie du Césium 137 et celle du Strontium 90 sont respectivement 30 et 28 ans, ce qui signifie que ces produits resteront dangereux pendant plusieurs centaines d’années! Il n’est pas possible de neutraliser ces produits qui se fixent et se concentrent électivement sur certains organes (Iode 131 sur la thyroïde, Strontium 90 sur les os, Cesium 137 sur le foie, la rate, les muscles). Un petit enfant qui a bu un litre de lait à 400 Bq/litre d’Iode 131[1] a reçu en un jour à la glande thyroïde 180 millirem.

     Il faudra suivre attentivement la rémanence de tous ces radîoéléments dans les chaînes alimentaires. Actuellement, la CRII-Rad démontre que certains foins contiennent 2.800 Bq/kg dont 1.407 de Cesium 137. Quel sera le taux de contamination des herbivores domestiques qui consommeront ce foin et en particulier, quel sera la radioactivité du lait et de la viande produits par ces animaux? Le Strontium 90 a une pénétration essentiellement racinaire, quel sera son devenir dans les plantes au printemps prochain?

     La CRII-Rad demande la réalisation d’une enquête épidémiologique prospective de 30 ans sur les conséquences médicales des retombées radioactives en France, suite à l’accident de Tchernobyl.

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I. Par exemple, le S.C.P.R.I. a trouvé des laits à 150 Bq/litre d’I.131 le 10 juin 1986, ce qui «donne» un lait à 5.100 Bq/litre le 3 mai!


Pour les leucémies et les cancers, si le foetus est irradié pendant la gestation, les premiers cas se manifestent immédiatement, et les risques d’apparition de nouveaux cas persisteront au moins pendant 10 ans. Si l’irradiation a lieu après la naissance, les premiers cas de leucémies induites se révèleront environ deux ans après, et les risques d’apparition de nouveaux cas persisteront pendant au moins 25 ans; quant aux cancers, les premiers cas pourront se révéler seulement quinze ans plus tard, et les risques d’apparition de nouveaux cancers persisteront pendant au moins 30 ans.

     «On ignore actuellement si toutes les lésions infligées au matériel génétique par des faibles doses de rayonnement peuvent être éliminées et rester sans effet.» La Recherche n° 168 juillet-août 1985, p. 962.

CRII-Rad – 30 juillet 1986

Les pouvoirs publics et leur responsabilité depuis le 1er mai 1986

     C’est sûrement dans les trois premières semaines de mai que la contamination a été maximale avec en particulier l’Iode 131 (radioactif). Des mesures simples de prévention ont été appliquées dans les pays d’Europe de l’Ouest touchés par le nuage radioactif… à l’exception de la France qui n’a donné qu’une seule consigne: ne rien faire. Des conseils de prudence quant à la consommation des laitages, de certains légumes auraient réduit de 90% l’irradiation de la thyroïde en particulier chez les enfants particulièrement sensibles.

     Toutes les techniques traditionnelles de désinformation ont été utilisées en France changement fréquent des unités de mesure dans les communiqués (rad, rem, curie, pico-curie, becquerels…) afin de désorienter et de lasser le consommateur; rétention extrême de l’information, amalgames – irradiation naturelle externe et contamination interne de radioéléments artificiels autrement plus préoccupante -; l’utilisation systématique de sophismes du genre: «Le thym ne contient que 2.000 Becquerels/kg de Césium 137, le français ne consomme que 30 g de thym par an, donc il n’y a pas de risque de contamination – ce qui sous-entendrait que le français ne se nourrit que de thym et que seul le thym a été contaminé, ce qui est ridicule -; la publication (rare) de taux moyens de contamination sur l’ensemble du pays, ce qui est médicalement absurde…

     … «Est-ce parce que les conséquences de ces retombées peuvent un jour se révéler dramatiques que les officiels ont organisé cette mise en scène lénifiante de la désinformation? ou parce qu’ils étaient incapables de prendre des mesures de protection? Peur de faire peur ou peur d’être démasqués?» Que Choisir juillet-août 1986.

CRII-Rad – le 30 juillet 1986

(suite)


suite:
Mise au point définitive de la CRII-Rad à propos de la contamination du thym


Communiqué de presse du 30 juillet 1986
     Le thym de la Drôme, comme celui de tout l’Est de la France est radioactif et les chiffres officiels fournis par la Préfecture de la Drôme, le S.C.P.R.I., le 25 juillet 1986 confirment ceux que la CRII-Rad publie depuis 2 mois. Après l’accident de Tchernobyl, la Drôme a été contaminée comme vraisemblablement tous les départements de l’Est de la France. Les analyses officielles pratiquées par le laboratoire de la Centrale nucléaire de CRUAS le 2, 3 et 4 mai 1986, montrent une contamination de 240.000 Bq/m2 après la pluie. Le Ministère de l’Agriculture français a donc menti lorsqu’il annonçait le 6 mai que «Le territoire national a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl».

     Le thym est un bon indicateur du taux de contamination d’une région, et c’est pour cette raison que la CRII-Rad a procédé à un contrôle régulier de la radioactivité sur ce produit il est vrai tout à fait secondaire dans l’alimentation humaine.

     L’argumentation qui s’appuie sur le taux de radioactivité du thym pour rassurer le consommateur, et le drômois en particulier, sur sa santé, est particulièrement spécieuse. Il est bien évident que l’homme ne se nourrit pas seulement de thym et que le thym n’est pas hélas le seul aliment à avoir été contaminé.

     Plus sérieusement, la CRII-Rad affirme, analyses à l’appui, que toute la chaîne alimentaire a été contaminée (laitages, viandes, foin, légumes…) et si la contamination
a été maximale dans les 15 premiers jours du mois de mai – en particulier avec l’Iode 131 les dernières analyses restent préoccupantes.

     La CRII-Rad refuse de rentrer dans une querelle d’experts qui mène à une impasse. Elle demande que le rôle des pouvoirs publics se borne à fournir au consommateur le taux de contamination des produits alimentaires et les normes utilisées dans les différents pays industrialisés[1]. C’est au consommateur et à lui seul de juger, et de décider de prendre le risque de consommer ou de refuser le produit.

     Quelle a été la dose de radioactivité absorbée par un drômois depuis le 1er mai 1986, sur la base d’une consommation de produits locaux? Seul ce calcul – réalisable à condition d’avoir suffisamment de résultats d’analyse – permettra de se faire une idée précise de la contamination humaine. A notre connaissance aucun organisme officiel n’a réalisé ce calcul préalable indispensable.

La CRII-Rad – le 30 juillet 1986
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1. A propos de la France, il est indispensable de connaître et diffuser les Limites Maximum Admissibles (L.M.A.) pour chaque radioélément, ce qui n’a jamais été fait. A cela, s’ajoute la nécessité de procéder à la fois à une quantification journalière et annuelle.


suite:

A propos des normes
     Les normes sont des seuils fixés par l’autorité légale. En matière de pollution (SO2, Pb, CO, NOx, nitrates…) l’expérience montre que ce sont les considérations d’ordre socio-économique et en particulier la pression des lobbies (chimie, agriculture, automobile, nucléaire…) bien plus que les critères de santé qui dictent les chiffres. La France n’a jamais fait preuve dans ce domaine d’un excès de zèle par rapport à ses partenaires européens.


     En matière de contamination radioactive, les normes sont particulièrement élastiques et varient en moyenne dans un rapport de 1 à 20 dans les pays industrialisés[1]. Il en est du risque de la radioactivité comme du risque lié à l’usage du tabac (sauf que dans ce cas, le risque ne nous est pas imposé!… Ndwebmaistre): la notion de seuil de danger n’existe pas; s’il est vrai que dans les deux cas le risque tend vers zéro lorsque la consommation tend à s’annuler, aucun argument scientifique ne permet de fixer un seuil qui réponde à la loi du tout ou rien. Pour revenir à l’exemple du tabac, on notera avec intérêt que les pouvoirs publics se sont gardés de fixer une «norme» de consommation pourquoi procéder autrement avec la radioactivité artificielle?
     La CRII-Rad ne demande que l’application, en l’adaptant, de la législation qui règle l’usage du tabac, à la commercialisation des produits alimentaires contaminés par des radioéléments artificiels.CRII-Rad – le 30 juillet 1986La polémique autour de la radioactivité du thym de la Drôme se transforme en discussion à propos des normes

     Valence, 25 juillet (AFP) – La récolte de thym de la Drôme a bien révélé des taux de radioactivité oscillant entre zéro et 3.000 Becquerels par kilo, affirme-t-on vendredi à la préfecture de ce département.


     Tous les prélèvements effectués soit par le service de répression des fraudes soit pour le compte des producteurs ont confirmé les chiffres avancés au cours des dernières semaines par la Commission Régionale Indépendante d’Information sur la Radioactivité, mettant ainsi fin à la polémique.

     Selon la préfecture, la seule discussion qui peut subsister concerne les normes qui doivent être retenues. Pour se protéger vis-à-vis des produits venant des pays de l’Est, la CEE a édicté le 30 mai une norme fixant à 600 Becquerels par kilo le taux de radioactivité tolérable pour les végétaux importés. Il s’agit d’une norme provisoire valable seulement jusqu’au 30 septembre. «Elle n’a qu’une signification économique et douanière sans validité scientifique ou médicale», a insisté M. Xavier La Torre, directeur de cabinet du préfet de la Drôme.


     A titre de comparaison, la norme américaine est de 2700 Becquerels par kilo. La CEE elle-même a une norme constante, qui survivra donc à l’échéance de septembre, et qui fixe à 300 000 Becquerels la «limite annuelle d’incorporation». Cela signifie que, pour la dépasser, un individu devrait consommer dans l’année la bagatelle de 100 kilos du thym le plus radioactif de la récolte 1986.

suite:Annexe

     A titre d’information, voici le texte du Communiqué de Presse donnant officiellement l’estimation chiffrée du niveau maximum de contamination relevé en France:

     «Conformément à la recommandation de la Commission des Communautés Européennes, publiée le 7 mai 1986 au Journal Officiel des Communautés (L 118), les taux maxima de radioactivité admissibles dans le lait, produit témoin car très sensible, sont les suivants:

     – à compter du 6 mai inférieur à 500 Becquerels par kg;
     – à compter du 16 mai inférieur à 250 Becquerels par kg;
     – à compter du 26 mai inférieur à 125 Becquerels par kg;

     Les niveaux maxima observés en France le 7 mai 1986, dans les laboratoires spécialisés des Services Vétérinaires (Paris-St Lô – Quimper – Angoulême – Colmar) varient entre 0 et 64 Becquerels par kg, soit des valeurs largement inférieures aux doses les plus faibles admissibles fin mai dans la C.E.E.».R. GUENNELON
Directeur de Recherches I.N .R.A.
Science du Sol – AvignonInterprétation des mesures réalisées les 5 juin, 16 juin et 24 juin 1986

     La CRII-Rad a réalisé une centaine de mesures à l’Institut de Physique Nucléaire de Lyon sur divers produits.

     Ces mesures ont été faites à l’aide d’un spectromètre gamma au germanium; la diversité des produits mesurés ainsi que la variété géographique des points d’échantilonnage ont montré que:

     1) Il y a des phénomènes de concentration locaux dans notre région en radioélément de longue période. Ces radioéléments proviennent des produits de fission libérés lors de l’explosion du réacteur de Tchernobyl et de la fusion du coeur. Exemples de radioéléments rencontrés dans nos mesures:

     – l’iode 131 (période 8,04 jours)
     – le ruthénium 103 (période 39,4 jours)
     – le césium 134 (période 2 ans 1/2)
     – le césium 137 (période 30,17 ans)
     2) Ces concentrations locales en radioéléments se sont manifestées sur:

     a) les lacs collinaires ou retenues d’eau qui atteignent, à certains endroits de la Drôme, des concentrations en radioéléments de plus de 6.000 Bq/litre (activité globale gamma). Or, le point 0 en Césium 137 était de 15 Bq/litre avant Tchernobyl, selon l’étude d’impact pour la Centrale de Tricastin. On en trouve à l’heure actuelle plus de 1.980 Bq/litre à un endroit, 2.045 Bq/litre à un autre.

p.9

(suite)

1. A ce propos, voir brochure EDF  incidents et accidents nucléaires chap. VII, p. 8 ; limite maximale admissible pour l’Iode 131 dans le lait au Nevada : 100 p.ci par litre soit 3,5 Becquerels, en France entre 1.000 et 2.000 Becquerels.

     La CRII-Rad insiste sur le fait que les 300.000 Becquerels (normes officielles) de Cs 137, induisent une dose absorbée de 500 millirem à ne pas dépasser par la population appartenant au groupe critique c’est-à-dire le groupe des personnes du public adulte vivant par exemple près des installations nucléaires. Les enfants (de 0 à 18 ans), ainsi que les femmes en état de procréer ne doivent recevoir aucune radioactivité artificielle.


Les variations de concentration que l’on observe dans le Vaucluse, la Drôme et l’Ardèche seraient dues, soit à des précipitations différentielles notamment pendant les journées du 2, 3 et 4 mai, où la concentration en radioéléments était la plus importante, soit dans un même lieu géographique, à des phénomènes de dilution par apport de sources non contaminées. Cette contamination est surtout manifeste dans les boues argileuses de ces lacs qui assurent leur étanchéité.

     b) les plantes: les mesures sur les plantes ont montré des phénomènes de concentration sélective et de surconcentration:
     – concentration sélective: sur un même jardin potager, qui a donc reçu les mêmes précipitations, on n’observe pas les mêmes résultats: les fraises, les pêches, les blettes ne concentrent que très peu les radioélements à signature gamma (*) Par contre, les salades, les cerises, la luzerne concentrent ces radioéléments à signature gamma (*); seul le poireau ne concentre que le ruthénium.

     – phénomène de surconcentration: les mesures les plus spectaculaires ont été faites sur les plantes aromatiques thym, serpolet, romarin… Le thym a atteint, par exemple, des taux d’activité totale gamma de 19.324 Bq/kg dont 8.292 Bq/kg de Césium 137 à Félines dans la Drome.

     Le serpolet, le romarin concentrent également, ceci pour toutes les régions concernées par nos mesures.

     Hypothèse: ces concentrations importantes dans les plantes aromatiques semblent être dues à leur adaptation particulière à la sécheresse, qui les dote de feuilles très pilifères qui captent bien l’eau de pluie.

    Expérimentation en cours: des expériences sont réalisées à l’heure actuelle pour connaître:
     – le lieu de concentration de ces radioéléments dans la plante
     – leur période biologique dans ces plantes
     – les variations de concentration sur une même plante, dans un même lieu géographique en fonction du temps.

     c) les animaux: on observe des phénomènes de concentration par la chaine alimentaire, notamment au niveau du lait et du fromage. Dans la période allant du 6 mai au 4 juin, on a trouvé des concentrations Césium 134 et 137 dans le lait et le fromage de chèvre particulièrement alarmantes. Ces concentrations dans les produits analysés ont été aussi très localisées géographiquement et variables suivant le type d’élévage pratiqué.

(*) Les autres radioéléments, tels le strontium 90 (période 28 ans) n’ont pas encore pu être mis en évidence.

Exemple: une ferme sur Félines produisait des fromages de chèvre à 4.396 Bq/kg, dont 2.355 Bq/kg en Césium 137, alors que le point 0 est de 8 Bq/kg; une deuxième ferme, distante de 4 km de la première, produisait des fromages de chèvre à 680 Bq/kg.

     Ces disparités dans les fromages cités semblent être dues au régime alimentaire des chèvres, à savoir si les chèvres sont parquées dans des prairies artificielles les concentrations en radioéléments sont moindres, par contre si les chèvres sont en pacage libre et si elles consomment des plantes aromatiques, les concentrations en radioéléments dans le lait, et donc dans le fromage, sont beaucoup plus importantes.

     Evolution actuelle: les mesures du 24 juin semblent montrer une nette régression dans les concentrations en radioéléments (gamma) dans les fromages de chèvre, puisque le maximum trouvé est de l’ordre de 313 Bq/kg.

     Viande d’agneau: des concentrations en Césium 137 ont été trouvées dans la viande d’agneau de l’ordre de 150 Bq/kg (le point 0 est de l’ordre de 4 Bq/kg).

Conclusion

     Le nuage de Tchernobyl et les précipitations pluviales qui se sont produites lors de son passage ont contribué à polluer notre environnement en radioéléments de longue période.

     L’irradiation externe des habitants de notre région a été mineure; par contre, la contamination interne par ingestion de produits alimentaires qui ont concentré ces radioéléments se révèle préoccupante pour la santé de la population.

     La CRII-Rad n’accepte pas les moyennes de radioactivité qui ont été données par le S.C.P.R.I. car elles ne rendent pas compte des phénomènes de concentration locaux qu’elle a pu observer. D’autre part, les 140 points de mesures du SCPRI sur l’ensemble de la France se révèlent très insuffisants, et sur la variété des produits testés, et également sur la répartition géographique.

     Un des premiers objectifs de la CRII-Rad est la création d’un laboratoire d’analyses indépendant qui, par sa décentralisation et le choix d’un échantillonnage plus précis, répondra davantage aux besoins des particuliers, des agriculteurs et des collectivités locales soucieux de préserver la santé des populations et la sauvegarde de leur environnement.


Iode 131Ru 103Cs 134Cs 137ActivitéPoint 0
ProvenanceDateDateNatureUnité1/2 vie:1/2 vie:1/2 vie:1/2 vie:totaleCs 137
prélèvt.MesureBq/kg8j.39j.2 ans30 ans
Toulon 838/710/7Sardine751792
Bogues751792
EauBq/l175175
Rochefort en Vne 2630/510/7SerpoletBq/kg1850136420035217
30/510/7Thym citron511121214933216
St. Romain 846/710/7Maïs semé le 1er avril653499
Roche St. Sec. 2620/610/7Fromage de chèvre2563375938
Thines 0720/610/7Serpolet794104413633201
Les Vans 0721/610/7Bruyère66073811412539
Antraigues 0730/510/7Fromage de chèvre2632638
Le Mazet St. Voy 4320/610/7Aubépine202202
Manes 0417/616/7Thym41575010602225
(Forqualquier)17/616/7Aubépine162510117011482990
7/516/7Badasson461502875641047
Romans 2630/616/7Mieltracestraces253156
Upie 2630/516/7Tilleultracestraces8579161773
CORSE
Villa di Parisi20/610/7Veau156284440
5/710/7Thym cultivé45310251478
5/710/7Romarin4265544231403
Speloncato7/716/7Thym341535108213663324
Vée de Réjinu23/516/7Fromage de brebis250405655
Belgodère8/716/7Miel34224258
Balagne15/516/7Foin231235253719
Pinio15/516/7Foin63577014072812
Bastia15/516/7Fointraces230249338817
Costa8/716/7Fointracestracestraces455455

A.C.R.O.*
Chez vous. Pourquoi? Comment?

     Début mai, à Caen, après la catastrophe de Tchernobyl, pour réagir au silence et à l’incohérence des déclarations officielles, de nombreuses personnes et associations s’organisent sous le nom de comité Tchernobyl-Flamanville.

     En moins d’un mois, entre le 16 mai et le 6 juin, le comité anime avec l’aide de spécialistes, sept conférences et débats publics à Cherbourg, Lisieux, Caen, Vire, Rouen, Alençon, Sannerville.

     Confronté partout au besoin d’information, le comité élargit son action en fondant l’ACRO: Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest dont les statuts garants de son indépendance sont déposés le 7 octobre 1986 à la préfecture de Caen.

     L’ACRO est présidée par Claude Mabboux, professeur de physique nucléaire, assisté de Jean-Luc Veret, médecin, vice-président. Madeleine Frérot, professeur retraitée de l’Education Nationale, et Léon Lemonnier, agent technique en radio-protection, en sont les secrétaires. Stéphane Cornac, conseiller dans une Mutuelle de Soins et Santé, Pierre Laisné, informaticien, en sont les trésoriers.

     L’ACRO a pour buts:
     – la recherche sur les rayonnements ionisants
     – la diffusion publique des informations recueillies
     – la création d’un laboratoire indépendant d’analyse de la radioactivité financé par souscription.

     L’ACRO est ouverte à tous sans discrimination d’aucune sorte, elle vous offre la possibilité de connaître donc de contrôler les implications de l’industrie nucléaire sur nos vies.


Plus d’un million de Suédois et de Danois vivent dans un rayon de 25 km autour de Barsebläck; deux millions vivent dans un rayon de 40 km. Les Danois, eux, n’ont pas de nucléaire et sont naturellement ravis que les Suédois soient prets à leur faire partager les risques…


PUISQUE NOUS Y SOMMES… Les autorités suédoises ont démocratiquement prévu d’envoyer des citoyens ordinaires dans la zone contaminée en cas de désastre… une loi constitutionnelIe autorise la police à contraindre toute personne valide à ramasser les morceaux…

p.11

* B.P. 7028 – 14034 Caen


suite:


ANNEXE

2Extraits des propositions budget 87
9.3. Service central de protection contre les rayonnements ionisants (S.C.P .R.I.)

Moyens et grands axes des activités scientifiques
     Créé au sein de l’institut national de la santé et de la recherche médicale, le S.C.P.R.I. a notamment pour mission d’effectuer des recherches sur la radioprotection – en particulier sur l’établissement des normes – sur les méthodes de mesure et sur les techniques de prévention. Ces recherches éclairent et nourrissent deux autres activités importantes du service  le contrôle et la prévention des nuisances, notamment dans l’industrie, les installations nucléaires, les installations de médecine nucléaire et de radiologie médicale et l’assistance technique dans les secteurs exposés aux substances et rayonnements radioactifs. Elles sont poursuivies essentiellement dans les domaines de la radiobiologie, de la radiotoxicologie et de la dosimétrie des rayonnements, en insistant sur le caractère fondamental de cette activité pour les ministères chargés de la santé des populations et de celle des travailleurs, en particulier du fait de l’avis conforme que le ministre de la santé est seul à donner, avant toute autorisation de construire une installation nucléaire de base.


     Cette spécificité de la responsabilité de service public du S.C.P.R.I. est d’ailleurs confirmée sans équivoque dans sa désignation depuis 1969 par l’organisation mondiale de la santé comme centre international de référence pour la radioactivité. Il coordonne ainsi les étalonnages d’une trentaine de pays dans ce domaine (notamment USA, Royaume-Uni, Allemagne, URSS, Chine, Japon…).

     Le S.C.P.R.I. participe aux travaux de la commission internationale de protection radiologique et à ceux du comité scientifique pour l’étude des effets des rayonnements ionisants.

     Notons également que le S.C.P.R.I. a été désigné par le Gouvernement comme son représentant international pour l’exécution de la convention du 28 avril 1972 entre la France et l’organisation européenne pour la recherche nucléaire (C.E.R.N.) en matière de protection contre les rayonnements.

     Enfin le S.C.P.R.1. est l’un des trois organismes constituant le centre international de radiopathologie (en association avec l’institut Curie et le C.E.A.) dont l’O.M.S. a confié la responsabilité à la France. L’infirmerie nucléaire du S.C.P. R.I. représente la base logistique de ce centre au niveau duquel les techniques les plus avancées de traitement des irradiés et des contaminés sont mises au point. Cette réalisation prend toute sa portée à la lumière du récent accident en URSS.

p.14 et 15


Bilan des actions menées en 1986
     Les activités de recherche du S.C.P.R.I. recouvrent tout ce qui concerne directement ou indirectement la radioprotection, qu’il s’agisse de recherche fondamentale (physique, chimie), de recherche appliquée ou finalisée (recherche médicale et santé) ou de programme de développement technologique (électronucléaire).
     Les actions principales menées en 1986 concernent les thèmes suivants:
     – perfectionnement des modèles de retombées et de leur exploitation informatique pour des situations accidentelles
     – mise au point de nouveaux détecteurs et appareils de mesure des différents rayonnements, notamment alpha
     – poursuite des recherches sur de nouvelles méthodes de mesure et d’analyse radiochimique avancées, notamment en ce qui concerne les transuraniens en liaison avec le lancement de surgénérateurs et les programmes de stockage de déchets nucléaires à long terme;
     – perfectionnement des méthodes dosimétriques de base;
     – renforcement des actions dans le domaine de la détection de la contamination radioactive interne de l’homme ~renant massivement en compte les leçons tirées de 1 accident de Tchernobyl).

Actions prioritaires pour 1987
     Le S.C.P.R.I. poursuivra les recherches menées en 1986, en mettant l’accent sur:
     – les recherches appliquées à la technologie des contrôles de masse de la radioactivité humaine (pour faire face à des accidents de la dimension de celui de Tchernobyl qui peuvent se reproduire dans le monde)
     – les mises au point de méthodes de localisation plus précises des contaminations radioactives dans l’organisme humain
     – le perfectionnement de toutes les applications techniques aux dispositions à prendre en cas d’accidents nucléaires.

Tableau des dotations budgétaires (S.C.P.R.I.)

(en millions FF)
198519861987
Effectifs127127125
dont:
chercheurs
I.T.A.127127125
Dotations inscrites au budget du ministère des affaires sociales et de l’emploi
Dépenses ordinaires29.99321.33031.330
Autorisations de programme9.9809.0009.180
Crédit de paiement9.9809.0009.180
D.O. + A.P.39.91330.33040.510
D.O. + C.P.39.91330.33040.510


suite:

ANNEXE 3

Sinistres messagers du destin sur les tombeaux de déchets nucléaires

     Le Ministère de 1’Energie américain (DOE) reçoit de temps en temps des conseils exotiques alors qu’il se prépare à créer un dépôt de déchets nucléaires de haute activité qui devrait durer des milliers d’années.

     Il avait demandé au Batelle Memorial Institute de proposer des moyens qui permettraient de mettre le public en garde et de l’éloigner d’une telle installation pendant des siècles, dans le cas où toutes les archives auraient été détruites, où barrières et signes auraient totalement disparu et où la langue anglaise elle-même aurait muté en de nouvelles formes étrangères.

     Une proposition pour le projet du Batelle vint d’un anthropologue de l’University d’Indiana, Thomas Sebeok. Il suggérait d’utiliser le «phénomène Toutankhamon». Il consiste à inventer des mythes d’esprit du mal, dans la filiation de «la malédiction des pharaons», afin de tenir à distance les intrus. Ces histoires, dit-il, pourraient se perpétuer par un «clergé atomique» de savants et d’érudits dont le renouvellement se ferait par cooptation quand les vieux membres viendraient à mourir.

     Sebeok s’est plaint que son idée a été déformée par certains journalistes qui s’en sont inspiré pour en faire une divertissante plaisanterie. Il ajoute qu’elle était présentée en complément de ses deux principaux projets. Le premier consiste à inscrire des messages redondants sur l’emplacement du dépôt avec une démarche iconique (une suite picturale), établissant un catalogue de démonstrations physiques dans un langage symbolique. L’autre proposition consiste en un «système de relais» par lequel le site serait inspecté, peut-être chaque siècle, et les messages remis à jour dans le langage courant. Les mythes des esprits du mal serviraient pour ceux qui ne sauraient pas lire.

     Les propositions de Sebeok correspondent bien aux plans du DOE qui prévoient d’ériger des monuments massifs en pierre à l’emplacement des dépôts, peut-être même des «pyramides miniatures» qui porteraient des messages gravés avertissant les passants par des pictogrammes et des symboles, de ne pas creuser dans la région. Des agents du ministère recherchent partout dans le monde des symboles écrits qui ont passé le test des millénaires. «Il n’y a pas beaucoup de gens qui ont étudié ce genre de communication avec les générations futures», indique Stanley Goldsmith du Batelle.

     La communication avec les humanoïdes futurs n’est qu’une toute petite partie des préparatifs en cours pour la réalisation de ce premier cimetière de déchets de haute activité. Le Ministère de l’Energie signale que 2 à 3.000 scientifiques, ingénieurs et spécialistes des sciences sociales, effectuent des études exploratoires pour l’établissement des cahiers des charges pour les neuf sites considérés. On espère qu’un site sera sélectionné en 1992 et prêt à fonctionner en 1998.

Constance Rolden, Science, août 1984
p.16

(suite)

ANNEXE 4

Extraits : Rapport 86-10
(traduction partielle du rapport Suédois)
     Le rapport 86-10 du SSI suédois (Institut de protection contre les radiations) est daté du 25 juin 1986. Le SSI est responsable de toutes les questions concernant tous les types de radiations ainsi que de l’information sur les risques liés aux irradiations.

Résumé:
     Le rapport est basé sur les mesures effectuées au mois de mai 86. Les individus les plus exposés recevront une dose estimée à 4 mSv pour l’année 1986. Cependant, les doses individuelles dépendront du type d’habitat et des modes de vie.

Introduction
     Le matin du 28 avril, le SSI fut informé d’une forte augmentation de la radioactivité à Forsmark et à Studsvik. Un programme de mesures et d’interventions fut aussitôt décidé, conformément aux directives d’action en cas d’accident dans une centrale nucléaire suédoise.
     Les régions centrales et une partie des régions nordiques de la Suède s’avérèrent les plus atteintes. La côte Ouest et l’extrême Nord ne présentaient que de faibles augmentations de radioactivité.
     Trois heures après la première alarme, il était certain que les isotopes radioactifs ne pouvaient provenir ni d’une centrale suédoise ni d’une explosion de bombe atomique.
     La figure 2 montre l’accroissement d’un facteur 10 de la radioactivité à la station de mesures d’Ume le 29 avril et ensuite sa diminution. A la mi-juin, la radioactivité atteignait 3 fois le niveau normal.
     Outre le SSI et le FOA, l’institut géologique (Sveriges geologiska AB) d’Uppsala a effectué en mai des mesures par avion dans tout le pays (figures 3a, 3b, 4a, 4b) exprimées en microR/h et Bq/m2 de Cs 134. (noter que la quantité de Cs 134 est de 40% du total des isotopes du césium).
     Si 100.000 personnes reçoivent 1 mSv, il en résultera théoriquement 3 cas de «maladie» et 2 morts par cancer.
     En Suède, les rejets de Tchernobyl ont provoqué une forte concentration de radioisotopes dans l’air et au sol durant les deux premiers jours. L’activité dans l’air a pratiquement disparu par la suite, mais pourra éventuellement augmenter si les isotopes se détachent du sol et des végétaux. Les isotopes détectés étaient au nombre d’une cinquantaine, essentiellement des produits de fission de l’U235. Les isotopes à vie courte ont maintenant presque disparu et le niveau d’irradiation à la mi-juin était de 15 à 20% du niveau initial fin avril.
     Les isotopes fixés au sol, particulièrement les césiums 134 et 137 sont ceux qui contribueront le plus à l’irradiation de la population. Ce Césium va lentement pénétrer dans les sols et persister à une profondeur de quelques centimètres. Ainsi, la couche de terre superficielle pourra protéger partiellement de l’irradiation gamma externe.
     Comparées aux retombées sur la Suède après les essais atomiques des années 60, les retombées de Tchernobyl en césium sont en moyenne 3 fois plus élevées. Cependant, les retombées des années 60 étaient réparties de manière relativement uniforme alors que celles de Tchernobyl ont donné des activités locales en césium qui sont 50 à 75 fois plus élevées que les valeurs moyennes des années 60.
     Les retombées en strontium sont nettement moindres qu’en césium.

suite:
Irradiation externe de la population suédoise
     Les régions les plus atteintes ont reçu des niveaux d’irradiation de 1.000 micro R/heure (0,006 mSv/heure); 500 micro R/heure le 9 mai 86*.

     Les doses individuelles globales pour 1986 et 1987 dépendront des conditions d’habitat et du nombre d’heures passées en plein air. Les immeubles d’habitation ou de bureaux protègent contre 90% de l’irradiation externe. Les maisons de bois ou béton «léger» ne seront efficaces qu’à 50% au maximum. (beaucoup de suédois vivent dans des maisons en bois).

     Les équivalents de dose effective pour l’année 1986 sont donnés dans le tableau I.

     La dose reçue en mai 1986 (qui comprend les doses inhalées les premiers jours) sera de 30 à 35% de la dose totale reçue entre mai et décembre 86.

     La dose pour 1987 a été estimée à environ 3 mSv (population logée en maisons de bois, séjournant 8 heures par jour à l’extérieur).

     L’irradiation en hiver sera partiellement réduite par l’effet écran de la neige, mais il n’a pas été tenu compte de cet effet pour les calculs de doses. Il est possible aussi que les logements protègeront mieux que prévu contre l’irradiation externe.

     La dose totale sur 50 ans peut aussi être calculée, mais une telle estimation ne peut être qu’incertaine. La dose pour les 50 années à venir équivaudrait à 10 fois celle reçue en 1986.

Irradiation interne
     Essentiellement dûe aux isotopes Cs 134 et Cs 137 dont la demi-vie biologique est de 50 à 200 jours.

     Les doses internes reçues en Suède en 1986 seront faibles en ce qui concerne les produits laitiers, les vaches ayant été maintenues en étable. Elles seront faibles également pour la plupart des autres aliments, à l’exception du gibier et du renne.

     Les doses reçues par l’alimentation seront plus fortes en 1987 mais seront toutefois inférieures à 1 mSv durant cette année. Elles se réduiront les années suivantes.

     La dose totale de césium reçue par irradiation interne durant les années 60 (essais atomiques) a été estimée à 0,5 mSv.

* R = Roetgen, 1 mSv = 100 mRem.

Tableau I

Doses pour l’année 1986
Séjour en plein air 8 heures par jourSéjour en plein air 2 heures par jour
Petite maison en bois4 mSv3,3 mSv
Petite maison en brique3,2 mSv2,2 mSv
Immeuble d’habitation ou de bureaux2,4 mSv1,1 mSv

p.17


Les mesures gamma du sol sont exprimées en microroentgen/heure (mR/h). Elles ont été effectuées à 2,5 mètres au dessus du sol dans les stations SSI; à environ 1 m par le FOA et le S. Geologiska (mesures en voiture); à environ 150 m par avion (mesures converties en valeurs à 1 m du sol).

     Les mesures d’isotopes dans l’air ont été effectuées après captage sur filtres à 1 mètre du sol dans les stations de mesures, et à des niveaux variables par avion.
     Le rapport donne des conseils techniques pour ceux qui désirent mesurer eux-mêmes la radioactivité gamma au sol et propose au public une publication de 1983 comparant divers compteurs et disponible au SSI. Deux spécialistes du SSI peuvent également être consultés.

     Le rapport donne ensuite des informations générales sur les rayons alpha, bêta, gamma et leurs effets biologiques. Les lecteurs sont avertis des dangers de l’hypersensibilité à l’iode (les distributions préventives d’iode n’ont pas été conseillées en Suède).
     Un chapitre est consacré aux différentes unités de mesure, doses effectives et calculs de doses.
     Le chapitre suivant traite des modes de contamination interne, des chaînes alimentaires et du devenir des radioisotopes dans l’environnement (sol, racines, plantes):

     – le césium se concentre 5 fois plus dans la viande que dans le lait.
     – pour le strontium 90, c’est l’inverse.
     – dans les sols riches en calcium, les plantes absorberont relativement peu de Sr 90.
     – une forte concentration en argile lie le césium au sol et il s’ensuit une faible absorption du césium par les plantes.

     – de fortes concentrations en matières organiques (humus) donnent au contraire une plus forte absorption de césium par les racines. Cependant, la majeure partie de la dose césium est due au dépôt direct air-plante, alors que le strontium atteindra surtout la chaîne alimentaire par le trajet sol   racines.

Denrées alimentaires
     De nombreuses mesures ont été effectuées durant les années 1960-1970, lors des essais atomiques aériens. Les activités les plus fortes furent consécutives aux explosions des années 1962-1965. L’activité restante dans les années 1970 s’explique par la persistance des isotopes dans les sols et racines et par la persistance des essais atomiques français et chinois.
     Le césium provenant des bombes des années 1960-1980 a délivré une dose moyenne de 1 mSv par suédois (dont la moitié par irradiation interne). La valeur moyenne de dépôts au sol était alors de 4.000 Bq/m2.
     Le strontium 90 a donné durant cette période 1960-80 environ 0,2 mSv, essentiellement par irradiation interne. A cette époque, la seule dose limite d’intervention pour les denrées alimentaires concernait le lait (2.600 Bq/l d’Iode 131).

suite:
Conséquences
     A court terme: les doses mortelles reçues sur le site de Tchernobyl ont été d’environ 5.000 mSv contre 4 mSv en Suède.
     A long terme: la probabilité théorique calculée par l’UNSCEAR (1982) est de 2% de cancers pour une dose de 1 Sv, soit 0,002% de risque pour 1 mSv dans les 50 années à venir.
     Ces chiffres ont été critiqués, certains les trouvent trop élevés, d’autres (Tamplin) les considèrent comme 10 fois trop faibles. En 1984, le «comité cancer suédois» évaluait le risque à 1 – 4% pour des doses de 1 Sv, avec plus d’incertitude pour les faibles doses (1 à 100 mSv).
     Effets génétiques: l’irradiation du foetus par une dose de 1 Sv entre la 8e et la 15e semaine donne un risque de 40% de retard mental grave chez l’enfant (soit 0,04% pour 1 mSv). Les anomalies héritables se produiraient avec une probabilité de 0,1% pour 100 mSv.

Recommandations du SSI
     – exclure les voyages à une distance de moins de 100 km de Tchernobyl
     – éviter 100 et 500 km – s’informer avant le départ
     – pour les changements de filtres à air utilisés entre le 27 avril et le 3 mai (hôpitaux, industries…), utiliser des gants et un masque protecteur type P3; enfermer le filtre dans un sac plastique, scotcher; ne pas brûler…
     – la tourbe et autres composés fertilisants au contenu radioactif dépassant les limites d’intervention ne doivent pas être utilisés comme engrais. Le travail dans les tourbières peut nécessiter un contrôle des niveaux d’irradiation. Les installations de combustion de tourbe devront être munis de filtres (ne serait-ce que pour piéger le radium, l’uranium et le thorium…). Les cendres pourraient constitûer un problème d’hygiène du travail; elles seront examinées par le SSI.

Iode 131Césium 134 + Césium 137
Limites d’interventionNiveau normalLimites d’interventionNiveau normal
Au sol10.000Bq/m2<1Bq/m23.000Bq/m2
Dans l’herbe3.000Bq/m2<1Bq/m21.000Bq/m220Bq/m2
Dans la tourbe1.000Bq/kg<10Bq/kg
Eau potable2.000Bq/l<1Bq/l300Bq/l 
Laits de vaches
Laits de femmes
2.000Bq/l<1Bq/l300Bq/l<1Bq/l
Autres denrées alimentaires2.000Bq/kg300Bq/kg

p.18

(suite)


Effets des doses
     1 mSv = dose annuelle naturelle (rayonnement interne du corps, + irradiation par les sols, matériaux de construction et rayons cosmiques).

     1 mSv = 1 radiographie de l’abdomen.
     1 mSv = dose maxi admissible pour la population (en dehors des irradiations naturelles et médicales).

     1 mSv (*) = dose délivrée entre mai 1986 et mai 1987 par les retombées de Tchernobyl pour des individus habitant en immeubles collectifs et séjournant 2 heures par jour en plein air.
     2 Sv = dose annuelle moyenne, en Suède, par rayonnement alpha du radon et de ses produits de désintégration.
     2 mSv = dose donnant un risque de 0,1% de retard mental grave si elle atteint le foetus durant la période la plus sensible.

     5 mSv (*) = dose reçue entre mai 1986 et mai 1987 par les retombées de Tchernobyl (pour 8 heures par jour en plein air et logement en maisons de bois.

     5 mSv = dose qui donne lieu à des recommandations spéciales en cas d’accident nucléaire (ex: restriction de consommation de denrées contaminées, prescription d’iode à titre préventif; maintien de la population à l’intérieur des logements).

     10 mSv = dose où l’on recommande aux femmes enceintes de quitter la région contaminée.

     10 mSv (*) = dose totale délivrée en 50 ans par Tchernobyl (pour des habitants d’immeubles collectifs, 2 heures en plein air par jour).

     40 mSv (*) = dose totale délivrée en 50 ans par Tchernobyl (pour des habitants de petites maisons en bois, 8 heures en plein air par jour).

     50 mSv = dose annuelle maxi «admissible» pour le personnel travaillant en milieu irradiant.

     50 mSv = dose donnant une probabilité théorique de 0,1% de cas de cancer (que la dose soit reçue en une fois ou répartie dans le temps). Ainsi, l’irradiation gamma naturelle produirait un tel risque pour un individu de 50 ans. L’irradiation gamma naturelle serait à l’origine d’environ 150 décès par cancer par an en Suède (sur environ 20.000 morts par cancer par an).

     50 mSv = dose exigeant des mesures préventives et, éventuellement, un déménagement de la population.

     100 mSv = lésions chromosomiques décelables à partir d’une dose totale de 50 – 100 mSv.

     100 mSv = avortement fortement conseillé.
     200 mSv = altérations décelables de la formule sanguine.
     500 mSv = déplacements de populations nécessaires.
     1.000 mSv = 1 Sv = Si la dose est aigue maladie non mortelle, vomissements etc… + théoriquement 2% de risque de mort par cancer (que la dose soit unique ou répartie dans le temps).

     10.000 mSv = 10 Sv = mort en quelques mois si dose reçue en une fois.

suite:

ANNEXE 5

C.I.E.L.E.
Centre d’Information sur I’Energie et l’Environnement

Rennes, le 1er décembre 1986

Communiqué de presse

Une «première» nationale: le S.C.P.R.I. tenu de diffuser
les mesures de radioactivité qu’il effectue

     Après l’accident nucléaire de Tchernobyl, apprenant que les préfectures et les D.D.A.S.S. faisaient effectuer les prélèvements pour mesurer la radioactivité mais ne disposaient pas des résultats chiffrés, l’association «Les Amis de la Terre» s’est tournée vers le Service Central de Protection des Rayonnements Ionisants (S.C.P.R.I.) pour les obtenir.

     Ce service public n’a pas répondu à la demande formulée. L’association a alors saisi la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (C.A.D.A.)

      La Commission, réunie le 11 septembre 1986, vient de faire connaître son avis: il est entièrement favorable au recours de l’association. La C.A.D.A. estime que:

     – Aucune disposition de la Loi du 17 juillet 1978 ne s’oppose à la communication de ces documents qui revêtent un caractère administratif…

     – Les lieux de prélèvements et les résultats des mesures de radioactivité sont disponibles dans les préfectures et les D.D.A.S.S. de chaque département où leur communication doit être demandée.

     La commission a adressé cet avis à Monsieur Le Professeur Pellerin, directeur du S.C.P.R.I.

     Toute personne ou groupe de citoyens peut désormais, en France, s’appuyer sur cet avis, pour obtenir communication de ces mesures de radioactivité c’est la première fois que le S.C.P.R.I. est mis en cause officiellement pour rétention des informations dont il dispose.

     La France vient ainsi de rattraper un peu de retard par rapport aux autres pays européens, en matière d’information nucléaire…

     Le document complet (recours de l’association et avis de la CADA) est disponible contre 5 F en timbres auprès du C.I.E.L.E., demander Messieurs Guillotin ou Bernard.

Après l’accident nucléaire de Tchernobyl, apprenant que les préfectures et les D.D.A.S.S.

faisaient effectuer les prélèvements pour mesurer la radioactivité mais ne disposaient pas des résultats chiffrés, l’association «Les Amis de la Terre» s’est tournée vers le Service Central de Protection des Rayonnements Ionisants (S.C.P.R.I.) pour les obtenir.

     Ce service public n’a pas répondu à la demande formulée. L’association a alors saisi la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (C.A.D.A.)

      La Commission, réunie le 11 septembre 1986, vient de faire connaître son avis: il est entièrement favorable au recours de l’association. La C.A.D.A. estime que:

     – Aucune disposition de la Loi du 17 juillet 1978 ne s’oppose à la communication de ces documents qui revêtent un caractère administratif…

     – Les lieux de prélèvements et les résultats des mesures de radioactivité sont disponibles dans les préfectures et les D.D.A.S.S. de chaque département où leur communication doit être demandée.

     La commission a adressé cet avis à Monsieur Le Professeur Pellerin, directeur du S.C.P.R.I.

     Toute personne ou groupe de citoyens peut désormais, en France, s’appuyer sur cet avis, pour obtenir communication de ces mesures de radioactivité c’est la première fois que le S.C.P.R.I. est mis en cause officiellement pour rétention des informations dont il dispose.

     La France vient ainsi de rattraper un peu de retard par rapport aux autres pays européens, en matière d’information nucléaire…

     Le document complet (recours de l’association et avis de la CADA) est disponible contre 5 F en timbres auprès du C.I.E.L.E., demander Messieurs Guillotin ou Bernard.

fin de la “BD”

Malgré les singeries du Facteur H, l’industrie nucléaire prédisait une expansion mondiale spectaculaire… des réacteurs dans 40 ou 50 nations pour la fin du siècle, fournissant 50% de tous les «besoins» en électricité…

p.19