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Ouf, ce n'était qu'un exercice
Si une simulation doit permettre d'identifier
les lacunes d'un dispositif d'urgence, alors, l'opération de sécurité
nucléaire organisée hier, en presqu'île de Crozon,
est un succès.
Heureusement, ce n'était qu'un exercice.
Aucun missile à tête nucléaire n'a réellement
explosé, hier matin, en presqu'île de Crozon. D'ailleurs,
les militaires assurent que la probabilité qu'un tel accident se
produise sur le site de la base de l'Ile-Longue est extrêmement faible,
voire inexistante (Lire ci-dessous).
Sirène muette
Début avril, à Crozon, Maurice
Barrat, le directeur de cabinet du préfet, avait également
assuré que les trois coups de sirène, synonyme de signal
d'alerte, seraient entendus et reconnus par tous les citoyens résidant
dans le périmètre de sécurité. C'est-à-dire
à moins de 2.875 m du lieu de la fausse explosion. Eh bien non.
Hier matin, peu après 8 h 30, les sons de la fameuse sirène
n'ont été perçus que par une minorité des 800
habitants de la zone théoriquement affectée. Bernard Copin
en faisait partie: «J'étais sur la cale de Roscanvel. J'ai
entendu la sirène en tendant l'oreille. Mais dans une maison on
n'entend pas, c'est certain».
Selon les autorités militaires, «les
conditions météorologiques et particulièrement le
vent fort» expliquent ce dysfonctionnement. Un problème
que Marguerite Kervella, responsable du service de défense et de
protection civile de la préfecture, minimise: «Dans le
cas d'un accident réel, les pompiers auraient fait le tour de tous
les quartiers en voiture pour avertir la population». Ce dispositif-là
n'a pas encore été testé...
Alerte minimum
Admettons que
le signal d'alerte fonctionne, que les 800 habitants, bien prévenus,
se soient effectivement cloîtrés chez eux en fermant bien
leurs volets afin d'éviter tout contact avec des particules radioactives.
On pourrait alors, comme cela a été le cas hier, passer à
la seconde phase de l'opération: l'étude d'impact. Vers 10
h 30, huit pompiers formés à la sécurité nucléaire
ont entrepris de réaliser des relevés de radioactivité
sur une dizaine de points, en limite de zone, sous le regard attentif de
trois salariés d'Areva dépêchés sur place. Le
but? «Il faut bien comprendre qu'à l'intérieur de
leurs maisons les habitants ne risquent rien (?!).
Mais si à l'extérieur le taux de radioactivité s'avère
très élevé, il nous faut alors organiser leur évacuation»,
explique Marguerite Kervella. En clair: mettre en place une sorte de corridor
sanitaire afin d'éviter tout contact avec un élément
radioactif. Ce dispositif est-il au point? Impossible de le savoir. Le
scénariste de l'exercice a choisi de prêter à cet accident
de faibles répercussions. L'état d'alerte a donc été
levé, sans autres restrictions, en début d'après-midi.
Premières conclusions
Si cette journée a permis aux pompiers,
aux gendarmes et aux services de l'État de s'exercer à une
intervention d'urgence grandeur nature, a-t-elle rassuré la population
de la presqu'île? Toutes les personnes résidant dans la zone
à risque pourront donner leur avis en remplissant un questionnaire.
Les services de l'État et les autorités militaires s'en serviront
pour apporter les améliorations nécessaires à ce dispositif
d'urgence. Hier soir, en préfecture maritime, l'installation «d'une
sirène du XXIe siècle» sur l'Ile-Longue a d'ores et
déjà été envisagée. Un point noir en
moins.
Vincent Lastennet
«Tout est sous contrôle»
Le risque nucléaire autour de l'Ile-Longue?
«Extrêmement faible, pour ne pas dire infinitésimal»,
selon les autorités militaires qui disent parfaitement maîtriser
leur sujet. Plus de 85% de la force de frappe nucléaire française
est stockée et entretenue à l'Ile-Longue. En plus des trois
jeux de 16 missiles M45 qui équipent les sous-marins de la force
de dissuasion, s'ajoutent les récents M51, actuellement assemblés
à Guenvenez (une cinquantaine en prévision) et les chaufferies
nucléaires du ou des deux sous-marins qui ne sont pas en patrouille.
Des yeux partout
Cette phénoménale concentration
nucléaire, près de l'énorme quantité de propergol,
le carburant nécessaire à la propulsion de ces «petites
fusées Ariane» a de quoi inquiéter. «Mais
nous avons mis en place de telles procédures de sécurité,
entouré nos activités de tant de précautions, que
le risque d'incendie ou d'explosion est quasi inexistant», assurent
les militaires. Une mauvaise manipulation d'un employé? «Inconcevable,
puisqu'ils travaillent toujours en équipe (trois personnes minimum)
avec un contrôleur chargé de veiller au respect des procédures».
Une malveillance de la part de l'un d'eux? «Le personnel est scrupuleusement
sélectionné. Qualification, moralité et entourage
sont régulièrement vérifiés». Au
moindre changement, les gendarmes maritimes rouvrent le dossier des intéressés.
Une mauvaise intention lors de la manutention d'un missile? Des hommes
en armes encadrent les opérations les plus délicates. |
Capables de supporter le crash d'un avion
On pense alors à la menace terroriste
extérieure. «Même pas peur», répondent
les militaires; les tout nouveaux bâtiments dédiés
au montage du M51 à Guenvenez sont prévus pour supporter
jusqu'au crash d'un avion de ligne. Et l'attaque d'un avion de chasse ou
le tir d'un missile? Le dispositif de surveillance de l'espace aérien
est jugé fiable. Et en cas d'accident de chaufferie nucléaire?
Là aussi, les militaires se font rassurants. «Le périmètre
concerné ne dépasserait pas celui de la base» assurent-ils
même si aux problèmes de contamination s'ajouteraient d'évidentes
radiations qui toucheraient marins et personnels aux premières loges.
Plus risqué que le feu nucléaire: l'accident de chantier
D'après les spécialistes de
l'atome, un incendie ou une explosion ne suffirait pas à déclencher
le feu nucléaire des têtes de missile, le risque éventuel
se limitant à une dispersion de matières radioactives après
l'explosion d'une importante quantité de carburant (l'exercice d'hier).
Dans ce cas, le plutonium pulvérisé des têtes nucléaires
retomberait en pluie de particules lourdes et de poussières dans
un rayon maximum de 3 km. «Mais il faudrait terriblement jouer
de malchance», expliquaient, hier, les responsables de l'exercice.
Alors, pourquoi l'organiser et mobiliser autant de personnel (1.500 personnes)?
«Parce que la sécurité nucléaire ne s'apparente
à aucune autre» expliquait le commandant de L'Ile-Longue
Philippe Guégan. «Et parce qu'un scénario hautement
improbable comme celui-ci permet de solliciter un maximum de professionnels,
sur un site qui n'a jamais connu d'accident nucléaire depuis son
démarrage, il y a 38 ans». Le plus gros risque? L'accident
de manipulation ou de chantier, comme c'est déjà arrivé
à Guenvenez, en février 2005. Deux ouvriers succombaient
à une chute de plusieurs mètres de la dalle en béton
sur laquelle ils travaillaient.
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La Marine nationale a entrouvert la base des sous-marins
de l'Île Longue à la presse, lors d'un exercice de sécurité
sur ce site ultrasecret qui concentre 80% de l'arsenal nucléaire
de la France.
«Si ça pète à
l'Île Longue, on n'aura pas l'occasion d'en reparler!»
À Brest ou dans la presqu'île de Crozon, là où
est implantée la base de l'Île Longue, chacun se rassure ainsi,
sur le mode fataliste, à l'évocation du terrifiant arsenal
qui y est stocké. Ici, les trois (bientôt quatre) sous-marins
nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) viennent embarquer leurs
16 missiles portant chacun 6 têtes nucléaires. Voilà
pour les armes.
Et, au... rayon nucléaire de l'Île
Longue, il faut ajouter le réacteur, véritable centrale nucléaire
«miniature», qui propulse chacun des submersibles. Tout
est-il réuni pour un cataclysme nucléaire? «Im-po-ssi-ble!»
La Marine l'a dit et redit à la presse, conviée à
assister à «ILO 2008», exercice de sécurité
nucléaire auquel doit se soumettre, chaque année, tout «exploitant»
- eh, oui, c'est le terme - d'installations nucléaires.
L'exercice, de niveau national, permet à
toutes les acteurs concernés, la Marine dans sa base, la Préfecture
pour la zone civile, les services de secours, les spécialistes du
nucléaire et de la décontamination, de tester les procédures
d'intervention sur la base d'un scénario catastrophe.
Quelque part dans la zone «rouge»
de l'Île Longue, celle où l'on prépare le chargement
ou le déchargement des missiles à bord des SNLE, un camion,
transportant une tête nucléaire, a pris feu. Le conteneur
transportant la «bombe» est tombé et s'est ouvert. Les
pompiers, retardés par une autre intervention, n'ont pas maîtrisé
le feu de carburant suffisamment vite: 50 g de plutonium sont partis dans
l'atmosphère. Et le vent d'Est a pu disperser des particules vers
les zones habitées du Fret et de Crozon.
«Un scénario extrêmement
tiré par les cheveux, commente le contre-amiral Josse, mais
nous nous entraînons à l'inacceptable en imaginant l'invraisemblable.»
Aucun blessé en 40 ans
Commandant de SNLE, le capitaine de vaisseau
Franck Magarian décrypte les invraisemblances: «Le gasoil
ne prend pas feu; les conteneurs utilisés peuvent résister
à une chute de dix mètres et à un feu intense pendant
30 minutes. Une arme nucléaire ne peut pas exploser ainsi. C'est
physiquement impossible. Le plutonium est un métal lourd. En cas
de dispersion, les particules retomberaient très vite.»
Les calculs sont mêmes d'une curieuse
précision pour un profane: au-delà de 2.875 m, les particules
radioactives seraient «en dessous des normes admises».
Le médecin chef de la base, Michel
Croq insiste: «En 40 ans, nous n'avons jamais eu un blessé
radiocontaminé.» Le patron de l'Île Longue, où
travaillent 2 400 militaires et civils, a une crainte plus banale: «Je
redoute plus qu'une personne tombe à l'eau dans un bassin qu'un
accident nucléaire.» Côté civil, est-on rassuré?
Hier matin, les sirènes, supposées
alerter la population qui doit alors restée confinée, étaient
inaudibles au Fret, le petit port le plus proche de l'Île Longue.
«À revoir», admet la préfecture.
L'exercice avait été précédé
d'un travail d'explication au début du mois. «La population
a apprécié que les autorités militaires se déplacent,
commente Daniel Moysan, maire de Crozon. Quelque chose de nouveau se
passe dans la presqu'île.» Le scénario tablait sur
50g de plutonium envolé. Mais combien en contient une tête?
«Secret défense!»
Yannick GUÉRIN
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